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La Grande peur

Ce système s’essouffle. Nous le sentons, nous en percevons les respirations suffocantes. Le capitalisme ne parvient plus à résoudre ses contradictions et les multiplie plus rapidement qu’il n’y apporte de réponses temporaires. Son caractère inique et spoliateur apparaît chaque jour plus visible et ses artisans, ces hommes et femmes politiques en charge de faciliter son extension, se révèlent incompétents. Ils n’ont plus les réponses. Leur jargon technique qui leur a longtemps permis de légitimer leur position de classe par une prétendu expertise gouvernementale est aujourd’hui percé à jour ; l’illisibilité qui le constituait et qui entretenait l’illusion se déchire. Austérité budgétaire. Déficit public. Compression systémique. Réformes structurelles. Tous ces termes maquillés de diplômes ronflants et de positions de prestige apparaissent clairement aux yeux de tous pour ce qu’ils sont : de l’esbrouffe. Il ne s’agit, derrière tous ces discours, que de conserver les rapports de production permettant à la classe bourgeoise de poursuivre son extorsion de la richesse collective.

Cette violence économique et sociale insupportable nécessite une justification symbolique qu’apporte les auto-proclamées élites. Celles-ci sont en charge de produire et de maintenir un consensus vis-à-vis de leur position hégémonique. Mais le consensus est mort. Ou, plutôt, il est mourant. Il ne survit encore qu’à la faveur de l’aveuglement d’une partie de nos concitoyens de la classe intermédiaire pour lesquels les rapports de production n’apparaissent pas clairement. Mais les yeux se désilent. Les couleurs renaissent, et avec, les contours d’un système brutal, injuste, et corrompu.

« Ils ne sont pas corrompus. Ils sont la corruption » Juan Branco.

En effet, les affaires se succèdent à une vitesse et à une ampleur qu’il est difficile de ne pas interpréter comme autant de symptôme de la fin d’une ère. Celle du capitalisme. Trop longtemps intouchable, cette aristocratie parasitaire se permet tout et ne prend même plus la peine de se cacher. Son ivresse de pouvoir et de richesses la conduit à se découvrir. Elle est elle-même esclave du système qu’elle sert ; la poursuite infinie de l’augmentation du taux de profit entretient son avidité et son aveuglement. Sa rupture avec le réel est au moins aussi grande que celle avec le peuple qu’elle exploite. Incapable de s’arrêter dans cette fuite en avant, l’aristocratie s’accroche à sa position férocement, prête à écraser tous ceux qui oseront se dresser face à elle.

Les pantins du gouvernement, tristes marionnettes de la Commission européenne dont ils ne font qu’appliquer les commandements, se démènent autant que possible pour reprendre le contrôle. Mais la situation leur échappe. Elle n’est pas contrôlable parce que le système s’effondre. Ils ne peuvent enrayer la chute inéluctable d’un monde qu’ils ont contribué à bâtir et qu’ils continuent de servir avec une hystérie qui traduit de leur fragilité. Ils tremblent. La bourgeoisie a une grande force, elle a conscience de la classe qu’elle constitue. A ce titre, elle n’est pas dénuée de perspective historique. Son inconscient collectif et sa culture sont traversés des épisodes de 1793, de 1848, de 1871 ou des années 30. Elle sait combien un peuple qui se soulève, un peuple déterminé et conquérant, est dangereux. Non pas tant pour son intégrité physique, mais pour ses sacro saints intérêts. Elle tremble à l’idée d’un basculement. Et pourtant, elle ne peut s’empêcher de participer à sa réalisation.

En plein milieu du plus grand mouvement social de la Cinquième République, alors que la quasi-totalité des services publics témoignent de leur épuisement et de leur mécontentement ; alors que des centaines de milliers de citoyens se sont soulevés dans les rues et sur les ronds-points, le gouvernement annonce la plus grande réforme des retraites depuis l’après-guerre. Plus qu’une réforme, c’est une révolution dans notre conception du lien de solidarité intergénérationnelle. Le bon sens aurait dû les conduire à attendre, à tempérer la situation plutôt que d’accroître la casse sociale. Mais non. Ils n’apprennent rien. Aucun enseignement ne leur est accessible et ils s’appliquent à détruire celui donné à nos enfants.

Tout comme l’aristocratie versaillaise était sourde aux cris d’un peuple mourant de faim en 1788 ; aveugle face au vent prérévolutionnaire qui soufflait partout au sein du pays ; notre aristocratie parisienne est incapable de sentir l’insurrection qui vient. Et pourtant, elle grandit. Rien que sur l’année en cours : en Equateur, au Chili, à Hong-Kong, en Espagne, en France… La colère s’étend, et avec elle, son cortège d’hommes et de femmes qui accèdent à la conscience de l’expropriation dont ils sont les victimes. D’un côté, les troupes se multiplient. De l’autre, la bourgeoisie n’a pas mieux à opposer que des Delevoye et autres Pietraszewski dont l’éclatante corruption ne tient pas masquée plus de quelques jours.

Ce système s’essouffle. Le bloc bourgeois, pourtant unifié et immensément puissant, est en décrépitude. Il ne survit qu’à la faveur de forces de l’ordre dont la servilité et la déconnexion psychologique avec la population étonne. Cela ne durera pas. La matraque finira par s’abaisser lorsqu’elle devra frapper un frère, une sœur, un père ou une mère. Aucun régime spécial n’y fera. Aucun fusil ne pourra contenir ce qui n’a ni corps, ni matérialité : la révolte. Une fois celle-ci advenue, aucun retour en arrière ne sera plus possible. Aucune armée ne suffira. Le bloc bourgeois tremble de voir ce jour advenir. Il a raison, il vit probablement ses dernières heures.


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  1. Faites qu’on gagne ! Je les hais ! j’ai vécu parmi eux ! Ce sont des criminels qui ne méritent qu’un procès et une balle pour les tuer.