US Go Home : la guerre, éternelle solution impérialiste à la crise ?
Après de multiples agressions meurtrières et criminelles contre des navires civils, la guerre que mènent les États-Unis contre le peuple vénézuélien a atteint un point d’orgue ce 3 janvier avec le kidnapping du président Maduro. Justifiée par un discours fallacieux organisant la confusion entre lutte contre la drogue et politique étrangère, cette opération de changement de régime avouée rappelle fatalement l’invasion de l’Irak en 2003. Cette nouvelle agression états-unienne se situe dans la droite continuité des précédentes et est le plus pur produit de l’ordre international capitaliste, offrant la preuve incontestable que face aux appétits des bourgeoisies du centre, le droit international s’efface et le cœur impérialiste se rallie en soutien à la guerre.
Introduction
Ce n’est une nouvelle pour personne, les États-Unis ont depuis l’établissement de la doctrine Monroe considéré l’Amérique latine comme leur chasse gardée, dans laquelle ils demeurent la seule nation à même d’exercer sa domination sur les autres, que ce soient par des moyens économiques ou militaires. Cela s’est traduit durant la Guerre froide par un soutien marqué aux dictatures militaires sud-américaines et par des tentatives répétées de déstabilisation des gouvernements progressistes, telle l’invasion de la Baie des Cochons à Cuba en 1961. Au-delà de ce contexte, c’est bien évidemment la nécessité pour la bourgeoisie états-unienne de se tailler la part du lion dans la production de tout un continent qui motive ces agressions. Ainsi, les gouvernements qui osent s’opposer à l’exploitation de leur population et de leurs richesses au profit des bourgeoisies du Centre impérialiste sont-ils pourchassés et traqués par l’ogre états-unien du Chili à Cuba, et aujourd’hui au Venezuela. En effet, la révolution bolivarienne, portée par Hugo Chavez dès son arrivée au pouvoir en 1999 ne s’accorde pas avec la subordination à l’Oncle Sam : lourdement sanctionné, le Venezuela a subi depuis une politique de pressions constantes, passant notamment par le soutien à des opposants minoritaires présentés comme résistant au « dictateur » ayant succédé à Chavez à sa mort, le président Maduro. L’administration Trump a en ce sens agi dans la continuité des précédentes. A la différence qu’elle a été particulièrement active dans la construction de la justification des actes de guerre qu’elle mène depuis plusieurs mois et qui ont culminés avec le kidnapping récent du président du Venezuela. Derrière les mensonges sur le narcotrafic, c’est bien l’appétit capitaliste qui cause l’entreprise de mort en cours.
Chronologie d’une agression
Comme brièvement mentionné en introduction, les États-Unis mènent une politique de sanctions motivée publiquement par la lutte contre le narcotrafic[1], initialement contre des officiels vénézuéliens, puis également contre les produits de l’industrie extractive vénézuélienne[2]. Si celles-ci furent au terme d’un round de négociation et des élections législatives vénézuéliennes de 2020 allégées, la victoire de Maduro à la présidentielle de 2024 amène à la reprise de certaines sanctions[3]. A ces sanctions, s’est ajoutée une tension militaire grandissante se matérialisant d’abord par un important déploiement de la marine états-unienne.[4] La première attaque a été menée le 15 septembre contre un prétendu navire de transport de drogues. Ces provocations ont continué jusqu’à la fin de l’année ; les forces états-uniennes ont aujourd’hui mené une trentaine d’opérations contre des vaisseaux en mer des Caraïbes ou dans les eaux territoriales vénézuéliennes. Aucun cas n’est fait du droit de la guerre ou du droit humanitaire : le secrétaire états-unien à la guerre, Pete Hegseth, assumait publiquement le massacre des survivants d’une des attaques en mer[5], en parfaite violation de la Convention de Genève.[6] Parallèlement, les États-Unis ont, au moyen de leur armée, organisé le vol de plusieurs pétroliers exportant du brut vénézuélien[7]. Le 29 décembre, Donald Trump a annoncé que les forces états-uniennes avaient frappé un site sur le sol du Venezuela sous le prétexte que celui-ci était un « site de chargement des cargos du narcotrafic »[8]. Ces attaques ont par la suite été répétées, touchant notamment le 2 janvier au soir des sites militaires et civils, tuant selon les autorités vénézuéliennes 40 personnes.[9] Il s’agit ici encore une fois d’une agression pure et simple, en totale violation du droit international[10]. De plus, cette décision apparaît en contradiction formelle avec le droit états-unien qui réserve au seul Congrès le droit de déclarer la guerre[11], en dépit de la possibilité laissée au président de mener en cas de menace urgente des actions militaires[12] dont l’administration de la Maison Blanche se prévaut pour garantir la légalité de ses actions. Cependant, comme lors de l’assassinat de Qassem Soleimani, il est peu probable qu’un Congrès favorable à Trump ne s’oppose à lui[13].
La dernière étape de cette première séquence a culminé avec le rapt du président Maduro. Kidnappé par des militaires états-uniens, celui-ci a été enlevé et exfiltré dans la nuit du 2 au 3 janvier, achevant cette première séquence de l’agression états-unienne en cours, au titre de la « guerre contre le narcoterrorisme » et d’un procès intenté par l’administration Trump I[14] qui ne fut pas plus combattu par l’administration Biden. A nouveau, cet acte est une violation manifeste du droit international : qu’importe le prétexte (qui comme nous le verrons par la suite est des plus fallacieux), il s’agit là d’un odieux kidnapping, condamné notamment au titre de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, qui ne vise que la déstabilisation et la persécution politique[15]. Il se situe par ailleurs, comme les actes mentionnés précédemment, en violation du droit états-unien et des pouvoirs réservés au Congrès.
L’agression menée par les États-Unis constitue donc un crime à ajouter à la longue liste de ceux déjà commis, du Panama à l’Irak, et de Cuba à la Somalie. On voit ici comment l’ordre international libéral, quand bien même son droit l’interdit nommément, échoue à traduire dans les faits ce qu’il promet dans les textes lorsque cela se heurte à l’intérêt des bourgeoisies les plus centrales du système-monde capitaliste. Ce qui ne le différencie nullement du droit national, ici états-unien, qui alors même qu’il interdit cette agression est en réalité le nœud du casus belli savamment construit par l’administration Trump. Le système étant celui de la domination bourgeoise, le droit est ultimement plié et remodelé pour satisfaire les ambitions et les intérêts de celle-ci.
La nouvelle guerre globale contre le (narco)terrorisme ?
Si l’on en croit le discours de Donald Trump, le Venezuela serait la clé de voûte du trafic de drogues en Amérique Latine, et le gouvernement Maduro profiterait donc directement de la crise sanitaire liée aux stupéfiants que traversent actuellement les États-Unis. Ce mensonge est un marronnier du discours états-unien anti-vénézuélien, qu’il est aisé de contredire : les opioïdes (notamment le fentanyl) sont la principale catégorie de drogues en termes d’overdoses fatales (voir figure 1), et ne sont ni produits ni acheminés par le Venezuela, d’après la Drug Enforcement Administration (voir figure 2). De même, la majorité de la cocaïne transite plutôt par le Mexique (voir figure 3). On comprend donc difficilement comment le gouvernement Vénézuélien pourrait jouer un rôle de poids dans la distribution et la production des stupéfiants aux États-Unis. Cela sans compter le fait qu’il est acté que cette crise a principalement profité à ceux qui l’ont causée, nommément la firme Purdue qui a commercialisé l’oxycontin, un puissant opioïde anti-douleur causant une forte addiction.[16]

Figure 1 : Nombre de morts par overdose aux États-Unis, selon la substance responsable. Les opioïdes de synthèse arrivent aujourd’hui clairement en tête.

Figure 2 : Flux de fentanyl importé aux États-Unis. On remarque qu’il ne passe aucunement par le Venezuela.

Figure 3 : Flux de cocaïne importée aux États-Unis. On constate que la route principale passe encore par le Mexique.
On peut néanmoins se demander : quand bien même le Venezuela ne prendrait pas les mesures nécessaires contre l’exportation de stupéfiants depuis son territoire, on pourrait penser que les moyens employés pour répondre à ces problématiques seraient ceux usuellement dévolus à la lutte contre le trafic de drogues, à savoir des moyens judiciaires. C’est précisément cette confusion entre judiciaire et militaire qui est entretenue par les gouvernements états-uniens. La Guerre globale contre le terrorisme est venue justifier les opérations de changement de régime en Irak et en Afghanistan qui ont engendré des décennies de guerre, de déstabilisation et plus d’un million de morts, et qui sert aujourd’hui l’agression contre le Venezuela.
Ce phénomène de transformation d’un problème civil en question militaire est la sécuritisation[17] : dans le cas de la Guerre globale contre le terrorisme, cela a permis de masquer la dimension politique de la lutte menée par un des camps et de lui ôter toute légitimité. Sa conséquence première est la dépolitisation des conflits, transformés en question de droit national. Cependant, cet argument permet aussi l’effet inverse : la réponse suscitée n’est dès lors plus policière, mais plutôt militaire, justifiant l’emploi des forces armées, et donc de mener une guerre globale au terrorisme, quelles que soient les actions mises derrière ce terme.[18] A travers ce cadrage, une agression illégitime et un changement de régime imposé à un Etat désigné comme « sponsor » du terrorisme deviennent possibles, comme les administrations précédentes l’ont fait en Irak et en Afghanistan.
C’est également dans ce cadre qu’est apparu le terme de narcoterrorisme : présent dès l’adoption du Narco-Terrorism Enforcement Act[19] en 2005, il permet de confondre une question militaire, entendue depuis les attentats du 11 septembre et l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, et une question qui relevait préalablement du judiciaire. Plus récemment, le Drug Cartel Terrorist Designation Act[20] a permis la classification de plusieurs cartels mexicains comme organisations terroristes, autorisant donc l’emploi des moyens militaires correspondant.
L’administration Obama a notamment appliqué cette rhétorique pour justifier sa politique de lutte contre le trafic en Amérique Latine, en évoquant les liens entretenus par le Hezbollah avec des Etats ou organisations du continent.[21] Ce discours a pour effet de nier effectivement la dimension intrinsèquement politique du conflit réel (et donc sa dimension impérialiste) tout en y octroyant des moyens. La continuité entre les différentes administrations est donc évidente, et on assiste là à la maturation d’un processus bien rôdé : l’agression militaire est justifiée par la volonté d’imposer un changement de régime, légitimé par la caractérisation d’un gouvernement comme « sponsor du terrorisme ».
On atteint ici le paroxysme du paradigme de la sécuritisation déployé depuis la Guerre globale contre le terrorisme : le président états-unien, au nom d’un rôle inexistant dans la crise des opioïdes et des stupéfiants aux États-Unis déploie des moyens militaires sans contrainte aucune, de manière à opérer un changement de régime. Hier les armes de destruction massive, aujourd’hui le narcotrafic : si le mensonge change, la réalité qu’il tente de masquer reste la même.
Drill, Baby, Drill…
La stratégie de changement de régime trouve tout son sens lorsque l’on prend en compte la position du Venezuela dans le système-monde capitaliste, à savoir celle d’un pays de la périphérie subsistant principalement par l’extraction de ses ressources : possesseur des plus grosses réserves de la planète, il est à ce titre un membre important de l’OPEP. Par son retrait ou par un changement de position au sein de l’organisation, le Venezuela pourrait restreindre sa production pétrolière et donc faire augmenter le prix du baril de brut sur les marchés. C’est cette manœuvre qui, au-delà de la main basse potentielle sur les stocks vénézuéliens et les profits qu’ils rapporteraient, demeure l’enjeu le plus important, et qui motive l’opération états-unienne en cours.
Si les États-Unis occupent actuellement la place de premier producteur mondial de pétrole[22], cette position résulte de l’important investissement effectué sous l’administration Trump I, et poursuivi depuis dans l’extraction de pétrole de schiste. Représentant 64 % de la production pétrolière nationale[23], cette manne permet à l’Oncle Sam de demeurer un exportateur net de brut, et donc de se prévaloir contre les risques d’une dépendance à un apport étranger. Ces puits profonds sont au cœur de la politique énergétique pétrolière de l’administration Trump qui en a fait un de ses chevaux de bataille, bien identifié sous le slogan « We’re gonna drill baby, drill ». Cette stratégie est cependant coûteuse pour l’appareil d’Etat des U.S.A., sans lequel ce pétrole dont l’extraction coûte plus chère que le prix du baril de brut sur le marché ne serait pas rentable (compter en moyenne de $58 à 67$ pour l’extraction d’un pétrole de schiste[24], contre un prix moyen passant souvent en-dessous, et prévu à seulement $55 pour 2026[25]). Un frein à la production mondiale de pétrole classique, ici par le pays détenant les plus grosses réserves au monde représenterait donc un avantage stratégique et économique pour les États-Unis qui verrait leur production de pétrole de schiste devenir attractive et rentable. Cela leur permettrait également de porter un coup détourné à la Chine, importatrice de pétrole vénézuélien à hauteur de 746’000 barils de brut par jour, [26] qui verraient la sûreté de son accès à l’énergie diminuée en même temps que son coût mondial augmenterait.

Figure 4 : Part de pétrole de schiste dans la production nationale états-unienne.

Figure 5 : Évolution et prévision du prix du baril de pétrole brut.
C’est ici la raison principale qui conditionne l’agression états-unienne en cours, le kidnapping du président Maduro et ultimement la politique de changement de régime – kidnapping qui, s’il demeure parfaitement illégitime d’un point de vue démocratique, est déjà applaudi par la plupart des dirigeants du centre impérialiste, Emmanuel Macron en tête. La volonté de réimplanter des entreprises états-uniennes au Venezuela et d’en spolier le profit est bien entendu évidente, et régulièrement répétée par Donald Trump[27] : là aussi la continuité avec la politique historique des États-Unis vis-à-vis de la périphérie est claire, et elle se dissimule même moins que lors de la précédente « guerre pour le pétrole ». Celle-ci n’aura d’ailleurs pas servi de leçon aux gouvernements états-uniens qui bien qu’ayant dépensé des trilliards de dollars n’auront pas pu permettre à leur bourgeoisie et son industrie pétrolière de s’implanter durablement – les compagnies des États-Unis étant minoritaires dans l’exploitation du pétrole irakien[28]. La résolution de cette question est ici conditionnée par le déroulement de la guerre que l’Oncle Sam mène maintenant ouvertement contre le Venezuela.
Irak, bis repetita ?
La suite des évènements est pour l’heure incertaine. Dès lors que le président Maduro a été effectivement kidnappé par le gouvernement états-unien, c’est la question de la continuité du pouvoir au Venezuela qui s’impose. Si celle-ci semble assurée par la vice-présidente, elle contrevient au but affiché de l’administration Trump : le changement de régime.
Le rôle de l’armée sera crucial : si le ministre de la défense et chef de la Force Armée Nationale Bolivarienne a dénoncé personnellement le meurtre de ses soldats et soutient pleinement l’actuelle vice-présidente[29], il serait difficile d’envisager que la FANB puisse défendre efficacement le pays face à l’armée états-unienne, qui plus est dans une guerre impliquant majoritairement voire uniquement des frappes aériennes, domaine dans lequel les États-Unis sont largement dominants. A contrario, un changement de régime nécessiterait une opération de plus grande ampleur afin de prendre le contrôle des institutions et des ressources : cela nécessiterait un déploiement de troupes au sol et engagerait probablement un conflit asymétrique. Cette éventualité est clairement envisagée par le gouvernement vénézuélien qui a largement armé des milices populaires à partir du mois d’août 2025[30], préparant le pays à une invasion et à une guerre non-conventionnelle prolongée.
Au vu de l’histoire récente, ce scénario augurerait aussi bien une guerre brutale menée contre le peuple vénézuélien qu’une défaite états-unienne. Comme en Irak où les résistants combattant l’invasion états-unienne avaient profité de l’ouverture des arsenaux de l’armée irakienne à la chute de Saddam Hussein[31], la population vénézuélienne et parmi elle ceux qui choisiraient de résister par les armes à une invasion du territoire vénézuélien profitent d’un important apport en armes, grâce aux mobilisations mentionnées plus haut. L’ouverture d’un tel conflit par les états-uniens, analogue à ceux qui ont causé des millions de mort et des années de violence de l’Afghanistan au Levant en passant par l’Irak est le risque auquel le Venezuela est confronté : cette menace est celle contre laquelle doivent se liguer nos efforts en soutien au peuple vénézuélien, en lutte contre la bourgeoisie états-unienne, et contre ses relais et alliés parmi les bourgeoisies nationales.
La nouvelle phase guerrière du cycle capitaliste
L’agression en cours et la politique étrangère qui la sous-tend sont un signe évident d’une évolution interne au capitalisme : face à la crise et à l’émergence de monopoles, les Etats cherchent à ouvrir pour leurs bourgeoisies nationales de nouveaux espaces de conquête économique à exploiter. C’est cette tension inhérente au capitalisme dans son stade le plus avancé qui est précisément la cause principale de la guerre en cours.
Pour comprendre pourquoi aujourd’hui le Venezuela est l’espace que les États-Unis cherchent à ouvrir à leurs capitaux, il est nécessaire de revenir sur son histoire récente. Après la victoire aux élections de 1999 de Chavez, le programme du chavisme s’est tourné vers une augmentation des dépenses étatiques et notamment sociales, financée par l’exploitation des ressources pétrolières du Venezuela. Cela constitue alors une perte nette pour les entreprises américaines jusque-là bien implantées dans le pays, comme Chevron[32]. Bien que résolue, la politique progressiste chaviste ne porte pas totalement ses fruits, notamment du fait des sanctions imposées au Venezuela. Poursuivies sous la présidence Maduro, elles provoquent une forte inflation en restreignant le commerce extérieur et limitent l’efficacité des politiques sociales financées par la rente pétrolière[33]. Le refus de se soumettre au régime d’exploitation imposé par les Etats-Unis est immédiatement sanctionné par l’isolement économique et l’appauvrissement. En dépit des procès en dictature intentés contre le gouvernement de Maduro, une opposition parlementaire de droite subsiste durant toute cette période qui est largement soutenue par les Etats du Centre (comme le démontre l’obtention récente du Prix Nobel de la Paix par l’opposante et députée Maria Corina Machado) et par les États-Unis plus particulièrement.
Le contexte économique global n’est pas étranger au passage d’une politique de sanction à une politique guerrière et agressive par les États-Unis. L’abandon du libre-échange au profit du protectionnisme économique est déjà une des conséquences les plus visibles de l’évolution en cours du système-monde capitaliste : à mesure que les richesses se concentrent dans les mains des bourgeoisies du Centre, elles développent des monopoles et la possibilité de croître disparaît dans un marché saturé et sans espaces vierges. La solution pour continuer à grandir devient alors l’ouverture de nouveaux espaces d’investissements aux capitaux. Ici, c’est évidemment le pétrole vénézuélien qui est visé, pour l’apport financier direct qu’il représente pour ceux qui seraient amenés à l’exploiter.
Ce n’est pas là un simple produit du cycle économique propre aux États-Unis, mais bien un résultat du fonctionnement du système-monde dans son ensemble. Située au centre de celui-ci, profitant incontestablement de l’échange inégal des richesses, une nation comme les États-Unis permet à sa bourgeoisie de profiter pleinement du libre-échange des marchandises tant que l’industrie nationale demeure compétitive. Lorsque celle-ci perd en attractivité relativement à ses rivaux (comprendre ici, la Chine), elle n’a d’autres choix que de mettre l’Etat au service direct du secteur privé afin de lui permettre de continuer à croître notamment par la spoliation mais également par toute mesure visant à limiter la compétitivité de la concurrence étrangère, sur les marchés domestiques et internationaux. Dans cette situation, le Venezuela devient une proie parfaite parce qu’il permet de satisfaire les besoins du secteur pétrolier états-unien tout en attaquant la compétitivité de la Chine par le biais du coût de l’énergie. Face à cela, les principaux dirigeants des Etats du Centre sont au mieux mutiques, au pire approbateurs. Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen notamment, se sont empressés d’apporter leur soutien à une « transition démocratique », approuvant de facto l’agression américaine et démontrant leur alignement avec les intérêts des bourgeoisies du monde.
Conclusion
Qu’importent les mensonges du pouvoir états-unien, la situation est limpide : pour le profit de leurs compagnies, la rentabilité de leur modèle économique et parce que le gouvernement vénézuélien a résisté à la domination états-unienne, Washington mène contre l’Etat et le peuple du Venezuela une guerre meurtrière et criminelle. Celle-ci est un pur produit du système-monde capitaliste dans lequel les pays de la périphérie dotés d’importantes ressources demeurent à la merci de l’exploitation que leur imposent ceux du Centre vers lesquels se concentrent les richesses ; ici, de la plus violente des manières. Comme les bourgeoisies internationales font bloc autour de l’agresseur, il est du devoir du camp progressiste de s’y opposer avec acharnement. Si nous voulons bâtir un monde tourné vers le progrès, on ne peut le faire sans soutenir pleinement ceux qui parce qu’ils le défendent subissent la violence de l’ordre impérialiste.
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Table des illustrations
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Figure 5: Évolution et prévision du prix du baril de pétrole brut.
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[2] Krauss, C. (2017). « White House Raises Pressure on Venezuela With New Financial Sanctions », New York, The New York Times.
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[4] Al-Jazeera, (2025). « Venezuela deploys warships, drones to coast as US naval squadron nears », Doha, Al-Jazeera.
[5] Gutierrez, G. & Shabad, R. (2025). »White House confirms second Sept. 2 strike on alleged drug boat », New York, NBCNews.
[6] Convention (II) de Genève pour l’amélioration du sort des blessés, des malades et des naufragés des forces armées sur mer, Article 12.
[7] Svirnovskiy, G. (2025). « US seizes another oil tanker in the Caribbean », Washington, Politico.
[8] Ali, I., Banco, E. & Shalal, A. (2025). « US strikes drug boat loading facility in Venezuela, Trump says », London, Reuters.
[9] The New York Times, (2026). « Venezuelan Official Says at Least 40 People Were Killed in U.S. Attack ». New York, The New York Times.
[10] Charte des Nations Unies, Art. 2, Al. 4.
[11] United States Constitution. Art. I, Sec. 8, Cl. 11: Overview of Declare War Clause.
[12] United States Code Title 50, Chapter 33. « War Powers Resolution ».
[13] McHugh, K. A. (2022). At War with Congress: War Powers Disputes during the Trump Administration. Democracy and Security, Vol. 18, Issue (3), p. 260.
[14] Seddon, S. (2025). « US offers $50m reward for arrest of Venezuelan leader Nicolás Maduro », London, BBC.
[15] International Convention for the Protection of All Persons from Enforced Disappearance (2006). Art. 13, al. 7.
[16] Chow, R. (2019). « Purdue Pharma and OxyContin – A Commercial Success But Public Health Disaster. » HPHR, 25, p. 4.
[17]La sécuritisation est conçue comme forme extrême de la politicisation, ou de la construction d’un événement en tant que « problème politique », permettant de faire appel à des moyens extraordinaires au nom de la sécurité.
[18] Dixit, P. (2016). « Securitization and Terroristization: Analyzing States’ Usage of the Rhetoric of Terrorism » In: Koch, B. (eds) State Terror, State Violence. Staat – Souveränität – Nation. London. Springer, p. 31-50.
[19] 109th Congress (2005-2006), H.R.2593 – Narco-Terrorism Enforcement Act of 2005.
[20] 119th Congress (2025-2026), H.R.885 – Drug Cartel Terrorist Designation Act
[21] Ireton, D. (2019). The Threat That Grows While America Sleeps’: The US Securitisation of Hezbollah in Latin America during the Obama Administration, Master Thesis, Utrecht, Faculty of Utrecht, p. 47.
[22] World Crude Oil Production by Country, OPEC Annual Statistical Bulletin, p. 26¸p. 26
[23] United States Department of Energy, (2024). U.S. Energy Information Administration. Frequently Asked Questions (FAQs) This page has no sub-navigation. Skip to page content. How much shale (tight) oil is produced in the United States? https://www.eia.gov/tools/faqs/faq.php?id=847&t=6
[24] Federal Bank Reserve of Dallas (2024). « Special Questions », Dallas TX, Dallas Fed Energy Survey.
[25] United States Department of Energy, 2025. U.S. Energy Information Administration. Short-Term Energy Outlook.
[26] Yildiz, G. (2026). « Maduro, Venezuela, The U.S.—And The Oil Shock China Can’t Price In », New York, Forbes.
[27] Faguy, A (2025). « Trump says US will ‘run’ Venezuela and ‘fix oil infrastructure' », Londres, BBC.
[28] BDO Consulting, 2023. « Crude Oil Buyers », 2021 Transparency Report, Oil, Gas, and Mining, Natural Resources Transparency Commission, p. 32-33.
[29] Khitouche, O. (2026). « Venezuela : l’armée reconnaît Delcy Rodriguez comme présidente par intérim et dénonce le raid états-unien », Alger, L’Algérie Aujourd’hui.
[30] Al-Jazeera, (2025). « Venezuela’s Maduro to mobilise millions in militia over US ‘threats’ ». Doha, Al-Jazeera.
[31] National Ground Intelligence Center (2004). « Iraq: UPDATE – Small Arms (Infantry Weapons) Used by the Anti-Coalition Insurgency”, Washington D.C., United States Department of Defense, p. 1
[32] Parker, D. (2005). « Chávez and the Search for an Alternative to Neoliberalism. » Latin American Perspectives, Vol. 32, I. 2, p. 48.
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