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« Il faut que le Liban devienne le Vietnam de l’armée israélienne », entretien avec Arslan Snoussi
Depuis septembre 2024, Israël occupe et bombarde le Liban. Pour comprendre la situation concrète au Liban, ce qu’elle signifie pour la lutte anticoloniale et anti-impérialiste, et les dynamiques qu’elle incarne dans la région, Positions revue s’est entretenu avec Arslan Snoussi, un militant du CISR, une organisation communiste bordiguiste qui travaille étroitement avec le FPLP et est présente dans le sud du Liban.
Par Collectif Publié in #ENTRETIENS, #POSITIONS le 7 septembre 2026 51 min de lecture
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Depuis septembre 2024, Israël occupe et bombarde le Liban, avec la complicité des gouvernements occidentaux et des gouvernements arabes de la région, en vue de démanteler toute force de résistance contre la colonisation israélienne et le génocide commis contre les Palestiniens. Seul l’Iran a soutenu le peuple libanais contre l’invasion israélienne, en soutenant les forces de résistance comme le Hezbollah et en forçant les Etats-Unis à inclure le Liban dans l’accord de paix irano-américain. Dans l’objectif de comprendre la situation concrète au Liban, ce qu’elle signifie pour la lutte anticoloniale et anti-impérialiste, et les dynamiques qu’elle incarne en Asie de l’Ouest et en Afrique du Nord, Positions revue s’est entretenu avec Arslan Snoussi, un militant du Communisme international pour le soulèvement révolutionnaire (CISR), une organisation communiste bordiguiste qui travaille étroitement avec le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine, marxiste-léniniste) et est présente dans le sud du Liban.

Au moment où l’entretien a été enregistré, l’armée israélienne avait pris la forteresse de Beaufort au Liban le 1er juin 2026. Lorsque nous publions cet article, le Liban et Israël ont conclu un accord cadre avec l’appui des Etats-Unis, boycotté par la résistance qui refuse toute collaboration avec l’entité sioniste, qui semble être une répétition de l’accord de cessez-le-feu de 2024 (qui était aussi fantoche) et est rejeté par la majorité de la population libanaise. Les analyses développées dans cet entretien sont les analyses du CISR au moment de l’enregistrement, et nous avons ajouté des commentaires sous forme de notes de bas de page pour actualiser ces analyses quand cela était nécessaire.

Positions revue : Bonjour Arslan, peux-tu te présenter ? Que fais-tu concrètement au Liban ?

Arslan Snoussi : Bonjour, je m’appelle Arslan Snoussi, je suis franco-algérien, j’ai 36 ans cette année, je suis militant d’un courant qu’on appelle la gauche communiste italienne, appelée aussi bordiguisme. Je milite au sein d’une organisation qui a émergé en Algérie en 2016 et qui s’appelle le CISR1, le Communisme International pour le Soulèvement Révolutionnaire. Aujourd’hui, je suis secrétaire général de la cellule CISR à Beyrouth, qui a plusieurs dizaines de militants, et il y a aussi une cellule en Algérie. Je suis instituteur dans une école itinérante, au sein d’une structure associative, pour les enfants des camps palestiniens et des déplacés de guerre.

Photo d’Arslan Snoussi avec Georges Abdallah libéré et de retour au Liban.

Positions revue : Peux-tu nous dire comment s’est passée la situation sur place ces derniers jours ? (1er juin 2026)

Arslan Snoussi : On s’est pris un assaut massif, comme l’armée israélienne n’arrive pas à détruire les postes avancés de drones, ils éliminent la population, ce qui leur donne un prétexte pour exterminer la population chiite du Liban, c’est l’application de la stratégie génocidaire de l’État-major.

A Bint-Jbeil, l’armée israélienne a appliqué une stratégie qu’on surnomme la stratégie de la “ queue leu-leu ” ; c’est-à-dire qu’ils ont mis un groupe d’assaut qui essuie des pertes importantes, ce qui permet de faire avancer les groupes de soutien arrière par une protection par hélicoptère et par drone. C’est avec cette stratégie qu’ils ont pris le château de Beaufort par exemple : ils ont envoyé des soldats de l’arrière par hélicoptère très tôt le matin, et le temps que l’opération se fasse, la résistance n’a pas pu anticiper. Action aberrante d’une armée israélienne orgueilleuse, puisqu’ils ont mis des soldats en poste hyper avancé sans possibilité de retraite et sans possibilité de soutien (mis à part le soutien aérien), alors que la résistance s’en sortait bien dans les villages plus au sud. Les soldats ennemis à Beaufort vont finir par être abandonnés, donc la forteresse finira par être libérée2.

Carte représentant l’état d’occupation aujourd’hui du Liban et de la Syrie par l’armée israélienne.
Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:2026_Lebanon_War_Map.svg?lang=fr

Positions revue : Cette seconde phase de l’invasion initiée par Israël contre le Liban s’est beaucoup illustrée, sur les réseaux sociaux, par des vidéos impressionnantes de drones FPV du Hezbollah qui frappent des blindés israéliens Merkava. Comment le Hezbollah, et les autres organisations de la résistance ont-ils obtenu ou produit ces drones ?

Arslan Snoussi : Les drones du Hezbollah ne sont pas importés tout faits, mais importés en pièces détachées pour ensuite être assemblés au Liban. Par exemple, les châssis des drones FPV qui viennent au Liban sont vendus en Syrie, dans un marché civil. Toutes les pièces détachées des drones, que ce soient les châssis, les moteurs comme les hélices, sont produites par la Chine, en étant vendues sous un prétexte civil et non militaire.

Comment ces pièces de drone traversent-elles la frontière syro-libanaise ? Grâce aux chefferies des régions syriennes et au réseau de contrebande à la frontière du Liban, qui permettent le transfert de logistique. En effet, même si ces chefferies régionales sont hostiles au Hezbollah, elles font du commerce avec lui car elles n’ont pas le choix : le Hezbollah a la capacité de commercer avec les populations syriennes car ils ont de l’argent liquide et tiennent les marchés noirs à la frontière, or les classes précaires syriennes frontalières ont besoin de cet argent liquide et ces régions rurales manquent de liquidités pour financer leur économie (par ex, leurs infrastructures et le carburant). Ainsi, ils favorisent le marché noir, ce qui permet le transfert des différentes pièces venues de Syrie, qui sont achetées au Liban, pour ensuite être assemblées par le Hezbollah et finir par exploser les soldats israéliens et leurs chars avec du TATP3 on le voit sur les réseaux sociaux.

Mais, le grand problème pour l’entité sioniste, c’est comment la résistance libanaise fait pour faire rentrer des câbles de fibre optique à travers la frontière, car ce sont des kilomètres de fibre optique. L’approvisionnement du Hezbollah en fibre optique repose sur la porosité de la frontière permise par le fait que les soldats libanais sont achetables : à cause de 7 ans de crise économique et de forte inflation au Liban, les revenus des soldats sont devenus faibles, donc il est aisé de corrompre les soldats.

Ainsi, l’entité sioniste aura beau bombarder le Liban, les bombes ne viendront jamais à bout du réarmement et de la réorganisation du Hezbollah et de toute la résistance au Liban.

Une image tirée d’une vidéo captée par un drone FPV du Hezbollah juste avant de frapper un char israélien et des soldats, à Taybeh, au Liban.

Positions revue : C’est très intéressant ce que tu dis sur la contrebande à la frontière syro-libanaise, car nous avions remarqué que beaucoup d’analystes disaient que le Hezbollah avait bien mieux reconstruit ses capacités militaires que ce qu’ils prévoyaient depuis fin 20244. Or, des médias israéliens avaient rapporté que la contrebande d’armes entre la Syrie et le Liban avait continué voire s’était multipliée depuis la chute du régime baasiste5, accusant parfois Ahmed al-Charaa (de son nom de guerre Joulani) de plus aider la résistance que ne le faisait Bachar al-Assad. Et Amir Mousawi, ancien diplomate iranien, avait déclaré que la Syrie post-Assad soutenait plus la résistance par la contrebande que ne l’avait fait la Syrie sous Assad, car les Syriens sont prêts à laisser passer la contrebande contre de l’argent, et ils en demandent bien moins que ce que le pouvoir baasiste imposait6.

Toutes ces sources, radicalement différentes, semblaient donc converger sur le fait que la chute d’Assad a facilité la contrebande d’armes au profit de la résistance au Liban, et cette hypothèse que nous imaginions est confirmée par ta description de la logistique des drones du Hezbollah et de la porosité de la frontière syro-libanaise. Peux-tu nous en dire plus ?

Arslan Snoussi : Oui, en fait, le problème avant la chute d’Assad, c’est que le régime baasiste contrôlait beaucoup la contrebande sur le passage de la frontière ; c’est-à-dire qu’avant, toute la chaîne d’approvisionnement de la résistance était sous contrôle de l’armée et de l’administration de Bachar al-Assad, de bout en bout, ce qui créait beaucoup d’inertie, et permettait le racket généralisé par les officiers de l’armée syrienne.

La situation depuis la chute du régime, paradoxalement, c’est que c’est devenu plus économe, pour le Hezbollah et les autres organisations de la résistance, d’assurer l’approvisionnement en armes depuis la Syrie vers le Liban.

Un autre point, c’est qu’Ahmed al-Charaa et ses hommes, lorsqu’ils ont pris le pouvoir, ont chassé nos camarades du FPLP qui étaient en Syrie. Où est-ce qu’ils sont allés ? Ils sont venus au Liban, et c’est désormais eux qui s’occupent de toute la chaîne d’approvisionnement depuis le nord du Liban jusqu’ici pour toute la résistance communiste (le Hezbollah dispose de sa propre chaîne d’approvisionnement). L’armée libanaise a tout concentré sur la frontière au nord du Liban en croyant que Tripoli, parce que sunnite, est passée sous la direction officieuse d’Ahmed al-Charaa, donc qu’ils ne commerçaient plus avec le Hezbollah pour transférer des armes. Non seulement ce commerce se poursuit, mais en plus ce commerce a augmenté. Pourquoi ? Car le capitalisme se donne le bâton pour se faire battre : les soldats libanais postés au nord du Liban sont des chiites (qui viennent du Sud-Liban). 70 à 80 % de l’armée libanaise est composée de chiites, donc ils ne vont pas couper le commerce de leurs frères chiites et de leurs familles.

Tout cela pour dire qu’en effet, la frontière syro-libanaise est bel et bien devenue plus poreuse aujourd’hui qu’elle l’était avant le début de la guerre au Liban et la chute d’Assad, car les classes laborieuses syriennes sont précarisées, tout simplement. Al-Charaa ne peut pas apporter de soutien financier à ses chefs de province syriens proches de la frontière avec le Liban, alors qu’ils ont besoin d’argent liquide, aussi bien pour garantir la corruption locale que pour financer l’économie pour leur population. Seul le Hezbollah dispose de cet argent liquide, même s’ils ont des raisons évidentes de les détester : il ne faut pas oublier que, durant la guerre civile syrienne, le Hezbollah a soutenu activement Bachar al-Assad et donc la répression du régime, d’où le fait qu’une partie de la population syrienne les accuse de crimes de guerre. Malgré cela, ces chefs de province acceptent de commercer et de participer à l’approvisionnement du Hezbollah, car seul le Hezbollah a la capacité d’importer en grande quantité de l’argent liquide dans la région7.

D’où vient cette capacité ? Le Hezbollah reçoit énormément d’argent liquide par 2 moyens : grâce à la mobilisation de la diaspora libanaise (de l’Amérique latine à l’Afrique de l’Ouest) et grâce à l’approvisionnement, formel comme informel, de l’Iran vis-à-vis de la résistance. Le financement de la résistance repose aussi sur beaucoup d’acteurs gris ; c’est-à-dire de gens qui participent au dispositif, mais ne le disent pas explicitement pour ne pas trop se mouiller. Par exemple, le 31 mai, des officiels algériens lors de leur visite officielle à Oman8, ont officiellement discuté de coopération militaire bilatérale avec le sultanat d’Oman, mais ils ont aussi évoqué plus officieusement le sujet d’un plan de transfert d’argent de l’Iran vers le Liban. Et ni les Américains ni l’entité sioniste ne peuvent y faire quelque chose. Toute l’hypocrisie est que l’entité sioniste veut lutter contre la résistance, mais sait très bien qu’elle ne peut pas empêcher tous ses alliés (formels comme informels) de continuer à l’alimenter. Autre exemple clair : 80 % de la population palestinienne du Liban s’oppose à la représentation diplomatique officielle de l’autorité palestinienne au Liban (celle de Mahmoud Abbas) ; cette dernière agit aux côtés du gouvernement libanais à travers l’ambassade palestinienne au Liban pour faciliter le désarmement des milices de la résistance palestinienne dans les camps palestiniens au Liban9. 90 % de la population palestinienne au Liban soutient les actions de la résistance. En fait, certains des acteurs gris qui soutiennent le Hezbollah le font de bonne foi, d’autres le font simplement par opportunisme, car ils craignent pour leurs affaires. Ainsi, il existe 2 discours au Liban : un discours officiel tenu avec le gouvernement libanais, et un discours officieux tenu avec la résistance. Tout ce réseau de financement permet le maintien du Hezbollah, appelé par ses détracteurs “ la pieuvre tentaculaire ”. C’est une nécessité pour toute guerre de libération nationale et de résistance contre l’impérialisme, à travers l’Histoire, d’user de ce genre de pratiques. C’est une hydre à laquelle on ne peut pas couper la tête, et l’entité sioniste commence à peine à s’en rendre compte.

Funérailles de 2 militants du Hezbollah (Moustapha Mohammed Boulat à gauche et Hassan Hamdan à droite) et d’un soldat libanais (Ali Abdallah au centre), 3 amis de longue date tués par l’armée israélienne, photo prise le 24 décembre 2025, dans le village d’Houmine El Tahta au nord de la Litani dans le Sud-Liban.

Positions revue : Le Liban est connu pour être un pays pluriconfessionnel. Cette diversité confessionnelle a d’ailleurs été souvent instrumentalisée par des puissances coloniales, d’abord la France, puis Israël, pour fragiliser l’unité de la population et accroître leur pouvoir d’ingérence. On pense par exemple à la guerre civile libanaise (1975-1990) qui a vu des affrontements sanglants entre chrétiens maronites et musulmans, combattants communistes et nationalistes, l’invasion israélienne, l’intervention syrienne et la fondation de la FINUL. Au vu de la nature pluriconfessionnelle du Liban et de l’invasion israélienne en cours, la question que nous nous posons est de savoir quel est l’avis de l’ensemble de la population libanaise par rapport à la guerre en cours, que ce soient les chiites, les druzes, les chrétiens ou encore les sunnites, et s’il y a eu une évolution ces derniers mois ?

Arslan Snoussi : Pour comprendre l’avis de la population libanaise en général par rapport à la guerre, il faut prendre en compte le fait qu’il y a eu 2 phases : une première avant le cessez-le-feu de septembre 2024, et une seconde après ce cessez-le-feu.

D’abord, il y a eu une reprise en confiance des éléments les plus droitiers des partis chrétiens historiques, les Forces libanaises et le Parti Kataeb (appelé à l’origine Phalanges libanaises) : après la 1ère phase de la guerre, à cause de leur direction politique (qui les a mal informés) et des chancelleries européennes (notamment la France), ces courants les plus droitiers ont pris la confiance et ont propagé un discours très hostile au Hezbollah et au reste de la résistance, sous prétexte que la résistance aurait été affaiblie par Israël et que le Hezbollah serait mort. La bourgeoisie chrétienne maronite réactionnaire (comme l’entité sioniste) a cru qu’il suffisait de décapiter la direction du Hezbollah pour détruire le Hezbollah, comme si le Hezbollah était une meute de hyènes et non un mouvement politique et social qui lutte dans le cadre d’une résistance contre l’impérialisme. Toute cette propagande a été encouragée par le nouveau gouvernement libanais formé début 2025, produit par Washington et Jean-Yves Le Drian, dirigé par Joseph Aoun (président) et Nawaf Salam (1er ministre), qui voulait désarmer le Hezbollah.

Néanmoins, un élément du système institutionnel libanais a très bien compris la situation de la résistance, et donc n’a pas cherché à désarmer ou à s’attaquer au Hezbollah : c’est l’armée libanaise, commandée par Rodolphe Haykal. L’armée libanaise a très bien compris que l’assassinat d’Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, par l’entité sioniste n’était pas à prendre à la légère : en effet, Hassan Nasrallah est un symbole au-delà du Hezbollah, c’est aussi un symbole pour l’ensemble du monde musulman et un symbole de résistance. Donc, s’en prendre au Hezbollah, c’est risquer une guerre non seulement au Liban, mais dans toute la région. Ainsi, il y a eu pendant plusieurs mois un décalage entre ce que voulait Joseph Aoun (désarmer le Hezbollah) et ce que faisait l’armée dirigée par Rodolphe Haykal. L’armée libanaise refuse d’autant plus de prendre des risques que les soldats de l’armée libanaise sont moins bien équipés, moins bien payés et moins nombreux que les combattants du Hezbollah qui sont en train de se renforcer.

Après la chute de Bachar al-Assad, un changement de paradigme stratégique s’est produit dans la résistance, qui a reposé aussi sur le fait que l’ensemble du Sud-Liban est du côté du Hezbollah : il y a plus de partisans du Hezbollah aujourd’hui qu’il y en avait quand le Hezbollah était utilisé comme force de coercition contre les manifestations en 2019. La stratégie des directions maronites de droite était d’insister sur le fait que le Hezbollah a commis plusieurs erreurs politiques, comme s’engager aux côtés de Bachar al-Assad durant la guerre civile syrienne et l’explosion du port de Beyrouth. Et ces erreurs réelles avaient en effet conduit à la baisse de popularité du Hezbollah. Cependant, les directions des Forces libanaises et Kataeb ont minimisé un phénomène, contrairement à l’armée libanaise (aidée par le fait qu’elle est majoritairement composée de chiites et de populations rurales du Sud-Liban) : le génocide commis par les Israéliens, en Palestine et au Sud-Liban, a conduit à un regain de popularité du Hezbollah. De plus, la direction militaire du Hezbollah n’est plus la vieille garde, mais des militants très jeunes directement en lien avec les Pasdaran (CGRI ou Corps des Gardiens de la Révolution Islamique) en Iran. Ces gardiens de la révolution islamique ne sont plus non plus la vieille garde des Pasdaran qu’on connaissait, mais des composantes en lien avec le cercle Habib10, ce qui est à mon sens la chose la plus intelligente qui s’est passée au Moyen-Orient aujourd’hui. En effet, ces composantes sont des officiers et des sous-officiers expérimentés au combat depuis la guerre Iran-Irak et des jeunes générations aguerries à l’école militaire de ce cercle Habib et qui n’ont pas la dynamique religieuse de l’ancienne garde sur la gestion de la stratégie générale des forces al-Quds. Personne n’a compris ce phénomène.

Ensuite, on ne peut analyser la position de la société chrétienne libanaise par rapport à la situation sans prendre en compte sa division. En effet, nous avons d’un côté les éléments réactionnaires de cette population, comme le Parti Kataeb et les Forces libanaises que j’ai déjà mentionnés, qui appellent à désarmer le Hezbollah. Leur stratégie est d’ailleurs similaire à celle de la diaspora iranienne, puisqu’ils ont des agents de relais pro-européens et pro-américains à Paris et Washington, comme les journaux libanais et francophones L’Orient-Le Jour et Ici Beyrouth, et on voit tous les jours les télévisions occidentales diffuser leur propagande anti-résistance. De l’autre côté, nous avons de plus en plus de chrétiens qui appellent à soutenir la résistance contre l’entité sioniste. Par exemple, on a organisé le 31 mai une manifestation avec un groupe qui s’appelle al-Muqāwama bilā Ṭawāʾif ; ce qui signifie « la résistance au-delà des divisions confessionnelles ». Ce groupe est dirigé par “Frida” et est composé de chrétiens sympathisants du Hezbollah et à son avenir. D’autres veulent la victoire de Sleiman Frangié (un chrétien allié au Hezbollah) en tant que président pour remplacer le président Joseph Aoun.

Image d’une manifestation à Beyrouth, pour soutenir la libération des prisonniers palestiniens.

Après, la communauté druze a toujours été divisée. La position grise, que j’appelle personnellement la position de danse du ventre, est défendue traditionnellement par Walid Joumblatt (chef de la communauté druze libanaise et du parti socialiste druze)11. Cette vieille direction druze est toujours pour l’édification d’un Etat palestinien, c’est toujours la position qu’ils défendent officiellement. Officieusement, les Druzes sont dans une situation de conflit interne, puisque la majorité des Druzes en Syrie et en Palestine occupée aujourd’hui sont du côté de l’entité sioniste, tandis qu’une autre partie veut créer un territoire autonome druze (ex : plateau du Golan, sud de la Syrie). En effet, aujourd’hui, dans la région, la seule population qui a la capacité de créer un changement de paradigme en établissant un territoire autonome, ce sont les Druzes puisque les Kurdes ont perdu le Rojava. Les Druzes libanais défendent toujours la ligne historique de leur parti, qui est aucune négociation officielle et directe avec l’entité sioniste, et pour l’édification d’un Etat palestinien pour pouvoir être en capacité, demain, de négocier, en tant que communauté propre, avec les autres acteurs de la région (comme la Syrie et le Liban).

Enfin, il nous reste à aborder le cas des sunnites libanais. La communauté sunnite était optimiste à l’arrivée au pouvoir d’Al-Charaa en Syrie, au point qu’ils ont fait en sorte que, dans le Nord-Liban, la ville de Tripoli soit une base avancée pour la politique de Damas au Liban. Mais, cet optimisme et cette politique se sont heurtés au fait que, dans les alliés d’Al-Charaa, il y a une dissociation. En effet, Al-Charaa vient d’une coalition de fait de l’armée syrienne libre et de jihadistes d’Al-Qaïda, qui commencent à se retourner contre lui parce qu’il était censé, comme son nom de guerre Joulani l’indique, incarner l’armée avancée du monde musulman pour libérer le Golan occupé par l’entité sioniste. Je rappelle que les partisans d’Al-Charaa viennent des dissidences jihadistes qui n’ont pas voulu suivre Abou Bakr al-Baghdadi (chef de Daesh), ont voulu continuer la ligne historique d’Al-Qaïda, et ont suivi Joulani qui a promis qu’il ne lâchera jamais sur 2 points en politique étrangère : la libération du Golan et Gaza. Or, les chefs d’Al-Qaïda qui l’ont suivi ne voient pas ces promesses se réaliser malgré plusieurs mois de pouvoir, alors que le génocide à Gaza s’intensifie et que l’entité sioniste avance ses pions dans le Sud de la Syrie. Ainsi, les dissidents islamistes au Nord-Liban, notamment à Tripoli, ne peuvent pas suivre Al-Charaa, donc font leur propre projet de leur côté tout en restant en lien avec sa politique, et les camps palestiniens au Nord-Liban voient Al-Charaa comme un espoir qui les a abandonnés. Ainsi, même si Ahmed al-Charaa a une forte assise à Tripoli grâce à la communauté sunnite, la dissociation au sein du pouvoir syrien et au sein des différentes directions islamiques l’empêche de pouvoir exploiter cette possibilité au Liban12. D’ailleurs, un élément qui a changé dans l’équation, et qu’on a tendance à sous-estimer, c’est le JNIM en Afrique du Nord et au Sahel : le JNIM est resté fidèle à la lignée historique d’Al-Qaïda et ne voit pas d’un mauvais œil une alliance ou un partenariat avec Téhéran ou les Frères musulmans, car ces derniers ont gagné beaucoup de crédibilité politique par leur combat contre Israël.

Carte de la distribution ethno-confessionnelle au Liban et en Syrie.

Positions revue : Tu mentionnes le fait que le JNIM aborde une nouvelle politique, et qu’il cherche à gagner en crédibilité politique en utilisant le combat victorieux contre Israël mené par l’Iran et les Frères musulmans (en particulier le Hamas). Peux-tu nous développer ce que tu entends par là ?

Arslan Snoussi : Concrètement, quoi qu’on en dise en Occident, l’Iran a gagné contre les Américains, et le Hamas a incarné la victoire du courant des Frères musulmans régionalement sur le plan politique contre Israël. Face à ce constat, des mouvements comme le JNIM ne peuvent pas rester indifférents, puisque l’opinion publique musulmane a intégré le fait que les courants frériste et le chiite incarnent désormais l’opposition à l’Occident. D’autant plus que le JNIM cherche à capitaliser sur sa victoire récente au Sahel, sur le plan politique comme militaire : ils ont tendu la main vis-à-vis de ces mouvements-là, et réciproquement. Cette nouvelle situation a permis d’isoler les directions des mouvements sunnites concurrents : par exemple, les sunnites au Liban, plus qu’ailleurs, sont divisés entre un ersatz de ce qui reste d’une direction wahhabite (dirigée en partie par le Qatar et aussi en partie par l’Arabie Saoudite) et d’autres courants, car des mouvements, comme le JNIM ou d’autres mouvements au Soudan et au Yémen, ont instauré une cassure entre la ligne générale voulue par Riyad et le Qatar, et celle des Emirats Arabes Unis. Ainsi, le wahhabisme est en train de perdre en influence à cause de questions mercantiles, au profit d’autres mouvements restés clairs et droits dans leur doctrine. Et ces mouvements restés droits pour l’opinion publique musulmane, ce sont le courant des Frères musulmans, vieux de presque 100 ans, et les chiites, qui sont devenus une garantie économique, sociale et de fréquentabilité politique, et surtout des exemples de code de l’honneur.

Les Américains ont parié sur Ahmed al-Charaa comme élément pour casser l’axe de la résistance, mais aujourd’hui c’est l’axe de la résistance qui isole de plus en plus Al-Charaa. D’où le fait que Damas ne se soit pas engagé dans une guerre contre le Hezbollah aux côtés du pouvoir libanais, car le nouveau pouvoir syrien sait qu’aux yeux de l’opinion publique musulmane, s’ils faisaient cette guerre, ils se retrouveraient isolés et ne seraient pas sûrs de la gagner. C’est pour cela qu’on a peu entendu Ahmed al-Charaa (à part pour confirmer qu’il n’interviendrait pas militairement au Liban), car il craint qu’il lui arrive ce qui est arrivé aux Kurdes ; c’est-à-dire d’être le dindon de la farce.

Pour la communauté chiite au Liban, la propagande occidentale a beaucoup insisté sur le fait qu’il y aurait une partie de la communauté chiite qui serait contre le Hezbollah. C’est le même levier qui avait été utilisé avec la supposée insurrection iranienne, ce qu’on appelle parfois « insurrection imaginaire », qui aurait fait jusqu’à 50 000 morts : s’il y avait eu réellement un mouvement social ayant engendré 50 000 morts, le pouvoir iranien n’aurait pas tenu une seule seconde. Ce n’est pas ce qui s’est passé en Iran, mais ils répètent des mensonges similaires pour la communauté chiite au Liban : les chiites libanais seraient fatigués des guerres, voudraient de la démocratie, etc. En réalité, la communauté chiite au Liban est convaincue du bien-fondé du combat de sa résistance, elle s’est engagée à ses côtés dans le combat. La seule déconnexion qu’il y a pu avoir entre la communauté chiite et le Hezbollah, comme je l’ai dit, vient du fait que le Hezbollah a été un instrument de coercition lors des mobilisations sociales en 2019. Mais, le Hezbollah s’est rattrapé par la suite : par exemple, lors de la crise de 2020 due à l’explosion du port de Beyrouth, le Hezbollah était là pour apporter son soutien à la population libanaise. Certes, cette explosion a eu lieu à cause de leur allié syrien Bachar al-Assad, car la direction du Hezbollah de l’époque avait des obligations vis-à-vis du régime syrien, donc avait stocké du nitrate d’ammonium dans ce port pour la production syrienne des explosifs. Cependant, la 1ère force politique à être dans la rue pour soutenir la population quand le port de Beyrouth a explosé, c’étaient les jeunes du Hezbollah. Deuxièmement, la machine de guerre génocidaire de l’entité sioniste s’est tellement radicalisée que tout le monde est devenu pro-Hezbollah. Par exemple, les personnes LGBT+ sont plus pro-Hezbollah que les bases traditionnelles du Hezbollah. Une grosse partie de la propagande de la résistance dans l’espace public de Beyrouth est réalisée par les différentes communautés LGBT+. Le Hezbollah est redevenu ce qu’il a été, en termes d’opposition aux côtés du Parti communiste libanais, aux côtés de notre organisation et du FPLP, etc., c’est-à-dire la catalyse de tous les damnés de la Terre : les marges de la société libanaise, les LGBT+, les travailleurs immigrés, les chômeurs, les précaires, etc. Tout le monde défend le Hezbollah, car il est devenu le porte-parole de tous les damnés de la Terre.

Dans ces conditions, comme les Etats-Unis ont compris qu’ils ne pouvaient pas faire confiance à l’armée libanaise, composée majoritairement de chiites, leur stratégie est de réunir les éléments les plus réactionnaires de l’armée libanaise, des composantes de mercenaires de tous les horizons (dont syriennes), pour les arroser en armes et dollars et lutter contre la résistance au Liban. C’est reproduire la stratégie consistant à financer et armer les Contras au Nicaragua contre les Sandinistes. Le problème pour les Américains, c’est que non seulement la résistance est préparée à ce scénario, mais en plus ce sera un véritable tombeau pour eux, politiquement et militairement. Néanmoins, ce choix stratégique montre une chose : Washington ne veut pas se mouiller dans le dossier libanais. Pourquoi ? Car ils craignent la résistance. Les Américains n’ont pas été intelligents en Iran, mais ils l’ont été au Liban : ils ont compris que se battre directement contre le Hezbollah au Liban, c’est lutter contre une myriade de petits groupes de résistance qui vont les harceler, pas décapiter un gouvernement comme ils l’ont fait au Venezuela. En d’autres termes, ils craignent de revivre l’humiliation de la bataille de Mogadiscio en Somalie (1993). Du coup, ils cherchent une alternative, qui est d’avoir un sous-traitant pour défendre le gouvernement libanais et imposer par la force la dissolution du Hezbollah, en s’appuyant sur les éléments réactionnaires de la société libanaise (comme les Forces libanaises) et l’armée israélienne. Mais l’armée israélienne, dans son engagement jusqu’au-boutiste, en envahissant le Liban pour tenter de mettre en étau le Hezbollah, a produit l’effet inverse : à cause de l’invasion israélienne, les classes laborieuses libanaises sont prêtes à mourir pour se défendre. Moi-même, je suis athée, je suis communiste, si le Hezbollah me demande d’aller en 1ère ligne, j’y irai. Voilà leur erreur stratégique.

Positions revue : Dans cette condition d’impasse stratégique que semblent rencontrer les Etats-Unis et Israël au Liban et dans toute la région, à cause aussi bien de la stratégie israélienne jusqu’au-boutiste que de l’opinion publique musulmane qui crée une forte pression, quels scénarios envisages-tu pour la suite de la guerre au Liban ?

Arslan Snoussi : A la base, on imaginait 3 scénarios, que je résumerai en ces termes : l’invasion syrienne du Liban sur demande de Washington, la guerre civile par des « Contras » et le tapis de bombes à Beyrouth pour préparer une invasion terrestre13.

L’invasion syrienne du Liban était le seul scénario tangible pour l’entité sioniste, et un scénario crédible pour le pouvoir syrien : s’allier avec le gouvernement libanais pour aller combattre le Hezbollah. C’était d’autant plus politiquement et théoriquement le scénario le plus plausible que ça n’aurait pas été la première fois que la Syrie interviendrait au Liban14. Cependant, ce scénario rencontre un problème : pour que Damas se lance dans cette aventure, ce n’était pas sûr que les chefs de province en Syrie suivent. En effet, le pouvoir d’Al-Charaa repose sur 3 choses : un parti politique (HTS : Hay’at Tahrir al-Sham) qui l’a suivi de la lutte contre Assad à Idlib jusqu’à la prise du pouvoir, une cohésion générale d’un mouvement sunnite global en Syrie et la politique de « carte blanche » donnée à toutes les bourgeoisies locales en Syrie. En effet, Al-Charaa a promis monts et merveilles aux notables et bourgeois de province, mais il ne peut répondre au cahier des charges qu’il a signé. Du coup, pour ne pas être en conflit avec ces élites de province, il leur a laissé carte blanche. Les gens ont un ventre et ont faim, et tant que Damas ne peut nourrir ces provinces, il est obligé de laisser faire leurs notables qui cherchent de l’argent auprès du Hezbollah. Le Hezbollah a une force que les Occidentaux n’ont pas du tout vu venir, c’est sa capacité à faire circuler beaucoup d’argent liquide. Dans un pays en crise, comme le Liban, et dans un pays en reconstruction, comme la Syrie, tu peux être détesté ou méprisé, si tu as de l’argent liquide, les gens vont te suivre pour commercer. Pour bloquer la contrebande du Hezbollah en Syrie, il faut couper l’approvisionnement d’argent liquide du Hezbollah. Pour ça, il faut détruire l’Iran, la Chine, l’Algérie, etc. Il faut détruire tous les pays qui commercent et fournissent de l’argent liquide au Hezbollah (que ce soit leur intention ou non). Mais les Américains sont incapables de le faire : ils ne vont pas rentrer en guerre contre la Chine. C’est tout le paradoxe du blocus du détroit d’Ormuz : ils bloquent le détroit, mais pas les navires chinois qui continuent d’acheminer du pétrole iranien vers la Chine à la place des navires iraniens. Si la montagne ne va pas à Mohammed, Mohammed ira à la montagne.

Le second scénario, la guerre civile par des « Contras », correspond à ce que les Etats-Unis cherchent à produire en l’absence d’une invasion syrienne au Liban : le plan de Washington est de provoquer une guerre civile au Liban en obligeant une partie de l’armée libanaise à s’engager contre le Hezbollah. Une fois cette étape franchie, il faudrait trouver les alliés de cette armée, qu’il financerait et armerait, comme l’avaient fait les Etats-Unis avec les Contras contre les Sandinistes au Nicaragua. Mais cette stratégie bloque sur 2 obstacles : d’abord, tous les plus grands alliés des Etats-Unis dans la région (notamment au Liban) ont vu l’exemple kurde. Samir Geagea (président des Forces libanaises) voudrait que son parti prenne les armes contre le Hezbollah, mais les Etats-Unis n’offrent pas de garantie tangible : lui et son parti craignent que les Etats-Unis ne tiennent pas parole (comme ils l’ont fait avec les Kurdes), et donc de devenir les sud-vietnamiens de la farce15. Les Kurdes ont été le bras armé des Américains dans la région pendant 15 ans, et quand les Américains n’ont plus eu besoin d’eux, ils les ont laissés seuls contre Al-Charaa. Si demain les Etats-Unis et l’Iran parviennent à trouver un terrain d’entente, toutes ces forces réactionnaires vont se retrouver bouffées en morceaux, c’est ça qui refroidit tout le monde. Le problème de la stratégie de la guerre civile, ce n’est pas que le projet n’est pas là, c’est la garantie : l’administration Trump, contrairement aux administrations précédentes, n’est pas crédible, car les types sont complètement dingues.

Reste donc le troisième scénario, le tapis de bombes, et ce scénario semble se préciser : aujourd’hui, Beyrouth est une zone d’attrition et de bombardements. Je pense qu’ils vont continuer à bombarder le Liban, dont Beyrouth, pour préparer une invasion terrestre. C’est ce que veut le Hezbollah : que l’armée sioniste entre au Liban, jusqu’à ce qu’elle soit complètement embourbée, pour que la résistance puisse la couper en petits morceaux. C’est la stratégie des gardiens de la révolution islamique en Iran, et les retours d’expérience de cette stratégie depuis des décennies ont toujours montré leur succès. Un des chefs de la sécurité du Hezbollah, à Beyrouth, a dit : « Il faut que le Liban devienne le Vietnam de l’armée israélienne » ; c’est-à-dire qu’il faut que le Liban devienne un mouroir pour l’armée israélienne, pour casser la machine politique de Smotrich, Ben-Gvir et Netanyahou, pour détruire le soutien de la population de l’entité sioniste à la guerre, mais aussi pour que les futurs pouvoirs israéliens comprennent qu’il n’y aura pas de possibilité d’élimination du Hezbollah et du Hamas au Levant, ni par la voie militaire, ni par la voie diplomatique. Ainsi, la seule voie de secours que l’entité sioniste aurait, c’est permettre l’édification d’un Etat palestinien. C’est pour cela que le Hezbollah et la résistance en général ne veulent aucune négociation avec l’entité sioniste, et c’est pour cela que les Américains sont coincés. Marco Rubio a engagé le gouvernement libanais dans une logique de collaboration avec Israël. Mais, la situation est tellement devenue incontrôlable pour lui, et l’échec de Washington en Iran est tellement évident, que désormais il affirme qu’il cherchera à arrêter les bombardements israéliens au Liban si le Hezbollah rentre dans un processus de cessez-le-feu et arrête de combattre l’armée israélienne. Ce que le Hezbollah a évidemment refusé.

Affiche de propagande du FPLP, date inconnue.

Positions revue : Pour revenir au scénario de guerre civile par des « Contras », est-ce que la solution pour contourner le problème du manque de crédibilité de l’administration Trump ne serait pas qu’Israël joue le rôle de financer et armer d’autres acteurs, comme les Druzes en Syrie ?

Arslan Snoussi : Les Israéliens ont en effet essayé de se mettre les Druzes dans la poche pour atteindre leurs objectifs dans le Levant, sauf que les Druzes du Liban ne sont pas les Druzes de Syrie, et ils sont en conflit : les Druzes du Liban sont opposés à Israël. Le problème des Druzes en Syrie a une dimension géographique : certains Druzes veulent un Golan indépendant, d’autres un Golan qui reste dans l’entité sioniste, et il y a des Druzes qui veulent que le Golan revienne à la Syrie. Autre point : l’aventure israélienne dans le sud de la Syrie, qui avait été vendue comme une volonté de projection armée pour protéger l’entité sioniste contre l’incertitude d’un nouveau gouvernement syrien, masque en réalité une problématique liée au réchauffement climatique et à la question géographique. L’entité sioniste a besoin de nourrir sa population, et pour nourrir cette population il faut de l’agriculture et de l’élevage. Or, le bétail israélien est en crise à cause du réchauffement climatique, alors que le plateau du Golan et les plaines du sud de la Syrie sont favorables à l’élevage de bétail et au développement de l’élevage. D’où la stratégie de Netanyahou : pour préparer une guerre longue, s’assurer de l’approvisionnement en bétail dans le sud de la Syrie en armant les Druzes et en chassant les Bédouins. C’est cela qui explique la crise de Soueida l’an passé : cette stratégie israélienne a radicalisé des tensions déjà présentes entre Druzes et Bédouins (notamment pour le contrôle des pâturages), ce qui a conduit au massacre de Druzes par l’armée syrienne et des tribus bédouines16. Cette stratégie est tombée sur une impasse : le fait que les Bédouins soient plus nombreux que les Druzes dans le sud de la Syrie. Les Israéliens ont essayé leur stratégie de pinces de crabes ; c’est-à-dire concentrer des forces armées dans le Golan et le sud de la Syrie, tout en projetant des forces contre la résistance dans le sud-Liban pour encercler la résistance, et en alimentant les tensions inter-communautaires, mais ils ont vu que ce n’était pas faisable d’utiliser les Druzes comme supplétifs.

En revanche, dans l’Histoire d’Israël au Liban (1975-1990), l’armée israélienne a largement apporté son soutien financier et logistique au Kataeb et à l’armée du Sud-Liban jusqu’en 2000. Cette stratégie de soutien à des supplétifs locaux est plus compliquée aujourd’hui : la minorité chrétienne pro-Kataeb et pro-FL, même si elle est plutôt favorable à soutenir l’armée coloniale sioniste, manque de ressources humaines. En effet, c’est une des minorités les plus vieillissantes du pays, et la majorité de la jeunesse libanaise est musulmane. De plus, les dirigeants sionistes actuels, comme les dirigeants américains, ne sont pas dignes de confiance et ne peuvent donner aucune garantie, contrairement à des Charonne ou Reagan dans les années 70-90.

Carte représentant les principales zones de production agricoles en Syrie, avec l’exemple du blé (vert foncé).

Positions revue : Pour continuer sur la Syrie, est-ce que l’expansionnisme israélien et la pression de l’opinion publique musulmane ne pourraient pas pousser la Syrie à entrer en guerre contre Israël ?

Arslan Snoussi : Al-Charaa ne rentrera pas en guerre directe contre Israël, d’abord parce qu’il ne peut pas, et ensuite parce que la Turquie, seul allié de la Syrie, ne veut pas17. Istanbul ne veut pas d’un conflit entre la Syrie et Israël, car ils seraient impliqués et les Turcs ne font pas confiance aux Arabes. De plus, la Turquie cherche à conserver une porte de sortie avec l’Arabie Saoudite dans cette situation : tant que l’Arabie Saoudite n’a pas signé les accords d’Abraham, la situation est tenable pour la Turquie. Et l’Arabie Saoudite est aujourd’hui hostile à cette signature, à cause du génocide à Gaza, de la colonisation en Cisjordanie et du fait que les Américains ont été incapables de les défendre contre l’Iran. A cause de cela et de l’encouragement régional, la Syrie est dissuadée de faire de l’excès de zèle malgré la pression de l’opinion arabe. En plus, l’échiquier dans lequel s’insère la Syrie reste incertain : Riyad parie sur le fait que les gouvernements réactionnaires et racistes aux Etats-Unis et en Israël pourraient changer aux prochaines élections, et donc que ça pourrait permettre de reprendre les négociations avec Israël. Istanbul suit une ligne similaire. Et, en effet, Al-Charaa est de plus en plus sous pression de l’opinion publique musulmane : il est de plus en plus considéré comme un traître par les mouvements islamistes sunnites, alors que les chiites se battent contre les impérialistes. Même le JNIM est très virulent contre Al-Charaa, car ce dernier était vu comme le champion des islamistes salafistes pour avoir vaincu le régime baasiste et il les déçoit par son attitude.

D’ailleurs, cette pression de l’opinion publique musulmane explique aussi la non-intervention syrienne au Liban malgré l’insistance américaine et sa viabilité sur le papier : si Ahmed al-Charaa était intervenu au Liban, non seulement l’opinion publique sunnite ne l’aurait pas suivi, mais en plus il est probable qu’elle aurait suivi les chiites contre lui. Il le sait très bien. Les Américains commencent à peine à comprendre que l’opinion publique du monde musulman est une des armes les plus redoutables de la résistance.

Positions revue : Revenons alors sur la situation libanaise, en particulier du Hezbollah. A quel point Naïm Qassem, le nouveau secrétaire général du Hezbollah succédant à Hassan Nasrallah, a-t-il accompagné ou non les changements stratégiques que tu nous décrivais au sein du Hezbollah et de la résistance en général ?

Arslan Snoussi : Une clarification est nécessaire pour répondre à cette question : Naïm Qassem, bien qu’il soit officiellement secrétaire général du Hezbollah, n’est pas comme Hassan Nasrallah. Hassan Nasrallah était un chef politique, contrairement à Naïm Qassem qui est beaucoup plus un porte-parole. Aujourd’hui, la direction du Hezbollah, et de la résistance même, n’est plus produite par des gens du haut du Hezbollah, mais par une militance, qui s’étire de l’aile gauche du Corps des gardiens de la révolution islamique jusqu’aux très jeunes militants. C’est une direction multi-tête, tous partagent une vision beaucoup plus tiers-mondiste et beaucoup moins théiste de la résistance par rapport aux dirigeants qui les précédaient. C’est ce changement de paradigme que les Occidentaux ne comprennent pas. La résistance est très populaire dans le monde musulman et dans le Sud global, pour les mêmes raisons qu’Ibrahim Traoré, président de la Transition au Burkina Faso, a connu une importante popularité internationale18 : à l’aide d’une phraséologie et des prises de position tiers-mondistes, ils mettent le doigt là où ça fait mal. Ainsi, Naïm Qassem est le porte-parole et le visage d’une tradition au Hezbollah, il a la même ligne idéologique mais une place différente de celle d’Hassan Nasrallah qui a été l’une des figures les plus importantes de la résistance.

« Ils arriveront à la verticale et repartiront à l’horizontale »
(Hassan Nasrallah par rapport aux troupes américaines en 2020)

Pour la première fois dans l’histoire récente du mouvement chiite, la résistance comporte une direction politique qui incarne à la fois des positions explicitement tiers-mondistes et anti-impérialistes : des prises de parole individuelles à l’intérieur du mouvement du Hezbollah ont affirmé qu’ils n’auraient pas dû soutenir Bachar al-Assad en Syrie, et qu’ils n’auraient pas dû réprimer le mouvement social de 2019 au Liban. Ce changement de paradigme et de ton, certains l’ont très bien compris sur le terrain. Par exemple, les autorités irakiennes observent que cette évolution et la défaite américaine contre l’Iran mènent au pire scénario pour Israël en Irak : le rapprochement de l’Irak et l’Iran. C’est le pire scénario car, comme l’a dit Joël Benamou, responsable de la stratégie de sécurité européenne, l’Irak se rapproche de l’Iran, donc les milices pro-iraniennes en Irak vont arriver au pouvoir. Les sources irakiennes à Beyrouth affirment la même chose : ils se préparent à la prise de pouvoir des chiites pro-Iran en Irak. C’est d’ailleurs un des sujets qui a été évoqué par les représentants algériens durant leur visite diplomatique à Oman : montrer qu’ils ne sont pas hostiles à un changement de pouvoir politique et de paradigme en Irak et dans la région. Ils adoptent une stratégie différente de l’Egypte, qui se montre beaucoup plus hostile, ce qui risque de les perdre, car les Frères musulmans en Egypte attendent cette erreur stratégique qui va pousser l’Etat égyptien à se rapprocher encore plus de l’Occident, ce qui sera vécu par la population comme la collaboration de trop, et permettra une nouvelle insurrection contre la dictature militaire19. Tout le monde voit qu’il y a une énorme cocotte-minute et que la résistance est en train de gagner.

Positions revue : C’est très intéressant ce que tu mets en avant sur l’évolution de l’Egypte dans le contexte de l’agression israélienne au Liban et de la guerre contre l’Iran, car la situation politique interne en Egypte semble difficile à analyser pour nous, en particulier l’état des forces des Frères musulmans après le renversement de Mohamed Morsi, car la forte répression sous le gouvernement d’Abdel Fattah al-Sissi rend floues les dynamiques de ce mouvement. Peux-tu développer ton analyse sur les Frères musulmans ?

Arslan Snoussi : En fait, la situation des Frères musulmans est simple à comprendre aujourd’hui : la capitale internationale des Frères musulmans depuis le 7 octobre n’est plus dans le fief historique de ce mouvement, qui était l’Egypte. Le site de l’émission intellectuelle des Frères musulmans est décalé beaucoup plus à l’Ouest, vers Tunis et Alger. En effet, en Algérie, les Frères musulmans étaient historiquement un mouvement minoritaire par rapport aux salafistes, et ils sont désormais beaucoup plus au-devant de la scène, puisque leur courant a gagné à Gaza sur le plan politique. C’est toujours une histoire de verre à moitié plein, verre à moitié vide, sachant que les bourgeoisies nationales arabes jouent toujours au chaud et au froid par rapport aux oppositions islamistes. Par exemple, dans les années 80, Mustapha Bouyali, à la tête du mouvement islamiste algérien armé, va au maquis au nom de la continuité des Frères musulmans, et ce bien avant que la guerre civile éclate. Le pouvoir algérien de l’époque l’arrête, l’emprisonne et écrase son mouvement. Il devient un martyr pour le Front Islamique du Salut (FIS), qui est une organisation salafiste qui a gagné en notoriété depuis la participation des salafistes algériens durant la guerre d’Afghanistan contre l’URSS. En 2000, le FIS s’effondre car il perd ses bases sociales durant la guerre civile, et les Frères musulmans finissent par remplir le vide laissé, au point qu’ils finissent par se rapprocher du gouvernement et obtenir du pouvoir (ex : Abdelaali Hassani Cherif du MSP). Entre-temps, les mouvances salafistes se sont « totoïsées », ils ont fait un peu comme les « apellos » ; c’est-à-dire que la direction du GIA (Groupe Islamique Armé) ayant été décapitée, leurs lieutenants se sont dispersés dans différentes régions du Maghreb pour créer leurs propres organisations. Par exemple, AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique, ex-GSPC), puis l’armée algérienne coupe la tête d’AQMI, ce qui va scissionner en plusieurs organisations, comme les mouvements de la défense islamique et les soldats du jihad, ces derniers scissionnant aussi, une scission rejoignant le JNIM, etc. Bref, des scissions et encore des scissions de scissions, ce qui est intenable, d’où le fait que beaucoup de ces mouvements se sont retrouvés autour du JNIM. JNIM qui est devenu le seul garant contre l’Etat Islamique au Maghreb, ce dernier voulant utiliser la Libye comme base arrière de sa projection au Maghreb et en Asie de l’Ouest. Al-Qaïda, et donc le JNIM aussi, refuse cette entrée de l’Etat Islamique qui peut le concurrencer voire le vampiriser, donc leur stratégie est de devenir le principal acteur islamiste au Maghreb et le seul interlocuteur des islamistes au Maghreb. Dans ces conditions, il y a une union d’intérêts entre le courant des Frères musulmans, incarné par le MSP en Algérie, et la tendance historique d’Al-Qaïda, qui est le JNIM au Maghreb et Sahel, ce que les régimes arabes en Afrique du Nord peuvent difficilement faire sans. Au mieux ils font avec (la politique algérienne), au pire ils vont se faire écraser au rouleau-compresseur par ces mouvements islamistes (ce qui risque de se passer pour l’Egypte).

Positions revue : Pour conclure cet entretien passionnant, qu’as-tu à dire aux camarades anti-impérialistes en France sur ce qu’ils doivent faire pour le Liban ?

Arslan Snoussi : D’abord, il faut arrêter de parler le langage des intérêts impérialistes : arrêtez de demander la paix ou la stabilité. Ce n’est pas ce que les populations opprimées attendent. La « paix », la « stabilité », c’est ce que veut imposer l’impérialisme occidental contre nous. Nous ne voulons pas la paix, la résistance se bat depuis des années pour gagner, contre la « stabilité » que veulent nous imposer les impérialistes.

Ensuite, aujourd’hui, la gauche occidentale a souvent tendance à nous voir non pas comme ce que nous sommes, mais comme ils voudraient que nous soyons. Ça ne fonctionne pas comme ça en fait. On n’acceptait pas ça hier, on n’accepte pas ça aujourd’hui, on n’acceptera pas ça demain.

Enfin, quand notre organisation, le CISR, a organisé sa 1ère assemblée générale à Beyrouth, des camarades du FLNKS sont venus, la question qu’on s’est posée, ce n’est pas s’ils sont d’accord avec notre organisation ou pas, on s’est dit : comment on fait pour fournir une aide concrète à ces gens ? C’est ce genre de questions que les vrais anti-impérialistes doivent se poser.

Affiche de soutien à la lutte du peuple libanais durant la guerre civile au Liban, imprimée en 1982 par l’OSPAAL (Organisation de solidarité des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine), ancien mouvement politique fondé en 1966 à Cuba, après la Conférence Tricontinentale, qui soutenait les luttes anticoloniales et anti-impérialistes.

Source : https://docspopuli.org/articles/Blanco_obit.html


  1. Leur site web se trouve ici : https://bahaazaatiti.github.io/cisr/ ↩︎
  2. Aujourd’hui, les troupes israéliennes tiennent bien moins le château de Beaufort qu’auparavant. En ce moment, elles encerclent la colline d’Ali al-Taher tenue par la résistance (qui surplombe le maquis et est plus avancée) : https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20260829-liban-israel-ali-taher-colline-guerre-hezbollah ↩︎
  3. Le TATP, ou triperoxyde de triacétone (aussi appelé peroxyde d’acétone) est un explosif facile à produire de manière artisanale, souvent utilisé pour faire des engins explosifs improvisés (dit IED).
    Le Hezbollah a dronisé la stratégie de l’IED durant cette guerre. ↩︎
  4. https://www.rfi.fr/en/international/20260326-how-hezbollah-is-rebuilding-its-military-power-despite-political-isolation ↩︎
  5. https://www.makorrishon.co.il/news/defence/article/327199 ↩︎
  6. La vidéo, qui rapporte les propos de l’ancien diplomate iranien Amir Mousawi, a été intégrée dans l’article, mais il est possible de la retrouver aussi sur Twitter :
    https://x.com/GeoRossignol/status/2037934243871895564?s=20 ↩︎
  7. Cette analyse se rapportait à la situation au mois de Juin, et reste toujours vraie, même s’il faut apporter une nuance aujourd’hui : la logistique du Hezbollah, grâce notamment à l’impression 3D, commence à devenir plus autonome au Liban et à moins avoir besoin de la Syrie. ↩︎
  8. https://www.aps.dz/fr/algerie/actualite-nationale/mpu206zu-arrivee-du-general-d-armee-said-chanegriha-a-mascate-au-sultanat-d-oman-pour-une-visite-officielle ↩︎
  9. https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20250821-le-liban-entame-le-d%C3%A9sarmement-des-camps-de-r%C3%A9fugi%C3%A9s-palestiniens ↩︎
  10. Le cercle Habib désigne un groupe informel de cadres militaires et sécuritaires iraniens, dont les racines remontent au bataillon Habib qui a combattu durant la guerre Iran-Irak (1980-1988). Ils sont caractérisés par une forte expertise et expérience militaire, mais aussi par le fait qu’ils incarnent les rangs les plus radicaux au sein des Pasdaran. Mojtaba Khamenei fait parti du cercle Habib, par exemple.
    Pour en savoir plus :
    https://www.alestiklal.net/en/article/the-habib-circle-where-is-iran-s-government-headed-in-the-postwar-era ↩︎
  11. Cette position n’est plus d’actualité, puisque Walid Joumblatt a dénoncé l’accord cadre entre Israël et le Liban sous l’égide des Etats-Unis. ↩︎
  12. Pour étayer le fait qu’une politique d’unité sunnite sous l’égide d’Al-Charaa n’est pas réalisable, Donald Trump a demandé qu’Al-Charaa intervienne au Liban, ce qu’il n’a pas donné suite. ↩︎
  13. Ces 3 scénarios étaient valides le 31 mai 2026, ce n’est plus le cas aujourd’hui : la fenêtre d’une possibilité de l’invasion syrienne au Liban s’est complètement fermée. Il reste le scénario du tapis de bombes, qui demeure possible et probable pour préparer les élections israéliennes, et la possibilité d’une guerre civile. ↩︎
  14. Dans le cadre de la guerre civile au Liban (1975-1990), la Syrie est intervenue et a occupé une partie du Liban, de 1976 jusqu’à la révolution du Cèdre en 2005 :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_syrienne_du_Liban ↩︎
  15. D’ailleurs, les Etats-Unis ont aussi réduit leur soutien à leur allié sud-coréen :
    https://information.tv5monde.com/international/guerre-en-iran-les-etats-unis-annulent-des-exercices-militaires-avec-la-coree-du-sud-en-raison-de-la-situation-au-moyen-orient-2834787 ↩︎
  16. https://iremam.mmsh.fr/fr/au-sud-de-la-syrie-les-affrontements-entre-les-druzes-et-les-bedouins-ravivent-le-spectre-des ↩︎
  17. C’est moins vrai aujourd’hui, la Turquie est devenue beaucoup plus hostile à Israël à cause de la pression croissante des Frères musulmans en Turquie, et à cause de l’attaque israélienne contre les bases militaires syriennes comportant des hommes et du matériel turcs le 18 août 2026 : https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/19/le-bombardement-par-israel-d-une-base-aerienne-en-syrie-un-avertissement-a-damas-et-a-ankara_6749427_3210.html ↩︎
  18. Aujourd’hui, il n’est plus aussi populaire dans l’opinion musulmane, notamment à cause de son rapprochement avec l’entité sioniste, mais l’efficacité de sa rhétorique à l’époque était bien réelle :
    https://sahelintelligence.info/burkina-faso-le-capitaine-ibrahim-traore-recoit-les-lettres-de-creance-du-nouvel-ambassadeur-disrael/ ↩︎
  19. Une attaque de drone non revendiquée en Egypte est arrivée fin juillet, 2 mois après que l’interview ait été enregistrée. Bien que le scénario le plus probable soit que ce soit une attaque ciblée par l’Iran pour démontrer sa puissance, il est aussi possible que cette attaque soit l’œuvre de groupes insurrectionnels islamistes en Egypte qu’on évoquait :
    https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20260801-au-port-%C3%A9gyptien-frapp%C3%A9-par-un-drone-une-course-contre-la-montre-pour-%C3%A9viter-le-pire ↩︎


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