Mamdani ou l’impasse de l’entrisme démocrate
Des propositions chocs comme le gel des loyers, un soutien assumé à la cause palestinienne et une campagne menée tambour battant sur les réseaux sociaux… En quelques mois, Zohran Mamdani est passé du statut de figure locale à celui d’égérie d’une gauche mondiale en quête de radicalité. Un triomphe médiatique et politique fulgurant, qui a tôt fait d’occulter les contradictions d’un homme qui s’est résolu à embrasser les couleurs démocrates pour se frayer un chemin dans les arcanes new-yorkais.
Le parcours n’a pas été pavé de roses pour celui qui a fini par rafler la « Grosse Pomme ». Mamdani a bel et bien dû ferrailler contre la direction démocrate et son représentant local, Andrew Cuomo. Battu lors de la primaire, ce dernier avait décidé de faire campagne en solitaire, dans un geste qui restera dans les annales de l’inélégance.
Rappelons-nous aussi que, malgré sa déroute, les grands mécènes de Cuomo lors de la primaire ont continué à mettre au pot : près de 55 millions de dollars ont été déversés dans la campagne du dissident contre seulement 16 millions en faveur de Mamdani[1]. Un déluge financier qui s’est révélé incapable d’inverser l’issue du scrutin, et ce grâce à une mobilisation massive – on parle d’un doublement de la participation – en faveur du projet de rupture porté par le candidat démocrate-socialiste.
Pour autant, impossible de ne pas voir dans la stratégie d’entrisme de Mamdani les mêmes signaux d’alerte qui ont précédé la compromission d’anciennes figures démocrates – comme Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez –, qui avaient elles aussi fait vœu de renverser le système de l’intérieur avant de s’installer, peu à peu, dans le confort de l’establishment.
Les premiers reniements
Précisons d’emblée qu’il ne s’agit pas d’instruire ici un procès en trahison contre Zohran Mamdani. Les reniements qui vont être discutés s’expliquent d’abord par la transformation de l’environnement politique qu’implique l’accession au pouvoir, qui plus est dans un mandat local qui exige une certaine coopération avec d’autres échelons – l’État de New York et l’administration Trump.
Tout a commencé par un petit recul sémantique, en pleine campagne municipale. Sommé à de nombreuses reprises par des journalistes de condamner l’usage du slogan « globalize the intifada », Mamdani tient la ligne. Du moins jusqu’au 16 juillet 2025, où il promet, dans une réunion à huis clos avec les dirigeants d’entreprises de la ville, d’en décourager l’usage[2].
L’abandon est tout sauf anodin, et ceux qui l’excusent au nom des limites du mandat municipal oublient que si New York est la plus grande ville des États-Unis, elle est aussi, après Tel-Aviv, la capitale mondiale du sionisme. Elle héberge notamment de grands salons immobiliers organisés par des agences israéliennes où les terres palestiniennes sont vendues à la découpe.[3]
Si l’épisode passa inaperçu dans l’enthousiasme de la campagne, les mesures prises depuis l’entrée en fonction de Mamdani ont confirmé qu’il s’agissait bien d’un signe avant-coureur.
Celui-ci a notoirement maintenu dans ses fonctions Jessica Tisch, la commissaire de la police de New York et figure de l’administration Eric Adams – le précédent maire – qui avait durement réprimé les manifestations des étudiants de Columbia dénonçant le génocide à Gaza.
La composition de la nouvelle équipe municipale a elle aussi de quoi inquiéter. Presque tous les postes clés ont été confiés à des cadres démocrates. Sur les 42 membres de l’administration Mamdani, 34 avaient servi sous un gouvernement démocrate. Seuls trois sont issus des Democratic Socialists of America (DSA), qui est pourtant le parti d’appartenance de Mamdani (voir Figure 1).
Figure 1 : Composition de l’administration Mamdani (au 25 mars 2026)[4]

Courant janvier, l’édile a même commencé à cibler ouvertement le mouvement propalestinien en condamnant une manifestation qui visait à perturber un événement de promotion de la colonisation israélienne, et ce au motif que des slogans favorables au Hamas y auraient été scandés. Pas un mot, en revanche, pour condamner l’événement lui-même ou l’idéologie qu’il véhiculait[5].
Enfin, après avoir soutenu pendant la campagne l’extension d’un programme d’aide au loyer qui aurait bénéficié à 50 000 familles hébergées dans des abris, Mamdani a annoncé le 25 mars qu’il entendait poursuivre la procédure judiciaire initiée par son prédécesseur pour en obtenir l’invalidation[6].
L’impossibilité du socialisme dans une seule mairie
C’est ici qu’il faut se montrer prudent quant à l’accusation de trahison : ces concessions ne sont pas purement gratuites, elles ont – au moins partiellement – été faites sous la contrainte. Malgré son poids économique, New York reste sur le plan juridique une simple municipalité aux compétences limitées, dont un tiers du budget dépend de l’État de New York et de Washington[7].
La ville ne dispose pas d’une autonomie fiscale réelle : les hausses d’impôts sur les entreprises et le revenu sur lesquelles Mamdani avait gagé ses mesures sociales relèvent de l’État de New York, tandis que les dépenses promises – création d’un service de crèche public et gratuité des bus – sont entièrement à la charge de la ville[8]. L’équation est compliquée par l’hostilité de la gouverneure démocrate de l’État, Kathy Hochul, qui refuse catégoriquement ces augmentations. Le déficit de 7 milliards de dollars hérité de l’administration précédente achève d’enfoncer Mamdani dans une position de faiblesse par rapport aux autres échelons politiques.
Ses concessions apparaissent dès lors comme un moyen de préserver ses réformes en échange d’une promesse de non-obstruction. Il s’agit donc davantage d’une contradiction : incarner la rupture avec le néolibéralisme tout en essayant d’obtenir l’assentiment des forces politiques – démocrates ou trumpistes – qui le maintiennent en place. Depuis son élection, Mamdani évite chaque fois qu’il le peut l’affrontement avec ces forces, quitte à sacrifier ses engagements sur la Palestine et à consentir à une dose d’austérité.
Il s’agit d’un piège récurrent dans l’histoire politique de la gauche et du mouvement ouvrier : le choix de l’opportunisme contre la mobilisation de classe. Dès la fin du XIXe siècle, le courant marxiste dénonçait déjà les comportements de marchandage avec des partis bourgeois pour obtenir des mesures immédiates en échange de la pacification des conflits sociaux.
Rosa Luxemburg soulignait que seules les réformes arrachées par le rapport de force étaient profitables à la classe ouvrière, par opposition à celles issues des tractations avec les forces politiques existantes, qui la réduisent au rôle de spectateur passif des négociations conduites par ses dirigeants[9]. Autrement dit, une même mesure n’a pas la même portée selon qu’elle a été obtenue par la mobilisation ou concédée par en haut pour désamorcer le conflit.
La focalisation sur Mamdani a tendance à faire oublier que des luttes sociales d’ampleur sont actuellement menées à New York, que ce soit contre Trump ou contre la politique austéritaire de Hochul. Un certain nombre d’organisations, dont DSA, organisent des manifestations à Albany, le siège du gouvernement de l’État, pour exiger l’imposition sur les grandes fortunes promise par Mamdani. Quelle a été la réaction de ce dernier ? Il a décliné toutes les invitations, préférant l’apaisement face au Président et la négociation feutrée avec la gouverneure. Pire encore, il a promis, sans contrepartie, son soutien à cette dernière à la primaire démocrate de la prochaine élection du gouvernorat[10].
On observe clairement ici que le gain immédiat se paie d’une perte stratégique : la désactivation de la capacité de lutte. S’il est impossible de reprocher à Mamdani de partir avec une main perdante, on doit en revanche interroger son choix de se soumettre aux règles du jeu dictées par ses adversaires là où l’affrontement politique aurait pu lui donner une chance de déplacer les lignes.
La stratégie opportuniste a d’ores et déjà fracturé la force sociale qui avait porté Mamdani au pouvoir : d’un côté, les partisans du compromis et de la respectabilité institutionnelle[11], de l’autre, ceux qui estiment que l’obtention de ces mêmes mesures passe par l’élargissement de la mobilisation au niveau de l’État et par la mise sous pression électorale de Hochul[12].
En apaisant simultanément les Républicains et les Démocrates, ces concessions ont pour effet de stabiliser la place de Mamdani dans l’architecture politique actuelle, et donc d’affaiblir toute incitation réelle à en modifier les rapports de force.
Maintenant que l’establishment démocrate a été remis aux commandes par le maire, se donnera-t-il vraiment la peine de lui envoyer un concurrent sérieux la prochaine fois ?
Quant à Trump, risquera-t-il un affrontement face à un édile qui, manifestement, ne compte plus l’empêcher d’intervenir dans sa ville ? Sur la question de l’ICE – la police de l’immigration – Mamdani a déjà adressé un message clair à ses administrés : ne pas résister, ne pas entraver les arrestations, et ce alors même que la fuite ou la solidarité des passants constituent souvent le seul espoir d’échapper à l’expulsion.
Il y a un risque réel que cette approche fasse progressivement basculer Mamdani vers une logique de notabilisation, avec à la clé la constitution d’une baronnie électorale centrée sur New York. Ce glissement ne ferait que suivre la tendance inhérente au système politique états-unien, où les figures radicales sont domestiquées et intégrées au Parti démocrate.
De Sanders à Mamdani : 10 ans d’entrisme démocrate, 10 ans d’échec
Dans un système électoral majoritaire à un seul tour comme celui des États-Unis, deux grands partis sont amenés à dominer le paysage politique[13]. Les primaires organisées par ces partis jouent dès lors un rôle de premier tour officieux, dont l’enjeu est la désignation par la gauche et la droite de leur ligne directrice.
En se présentant aux primaires démocrates de New York, Mamdani a reproduit la stratégie d’entrisme inaugurée en 2016 par Bernie Sanders : un refus absolu de former une organisation indépendante et, à la place, une participation systématique aux instances du Parti démocrate dans l’espoir de le transformer de l’intérieur.
Rien n’indique pourtant que la primaire démocrate était un passage obligé pour Mamdani ni qu’une candidature indépendante l’aurait empêché de l’emporter. On pourrait même soutenir qu’elle n’a servi à rien puisque le scrutin municipal a reproduit le même duel. Le maire doit bien davantage son sacre aux voix des abstentionnistes et à la mobilisation intense des militants des DSA (Democratic Socialists of America) qu’au soutien – inexistant – de l’appareil démocrate. Seule la campagne de terrain a permis à Mamdani de se faire un nom, lui qui ne dépassait même pas 1 % des intentions de vote à la primaire quelques mois avant le scrutin.
L’entrisme – l’idée de rejoindre un parti pour en radicaliser la base et en prendre le contrôle – n’a jamais été en soi une stratégie vouée aux gémonies dans l’histoire de la gauche radicale ou révolutionnaire. Lénine conseillait lui-même aux communistes britanniques, alors à l’état de groupuscule, de s’organiser au sein du Labour réformiste afin de se rapprocher des masses ouvrières[14].
Il en va autrement du Parti démocrate. Loin d’être un parti ouvrier comme l’était le Labour, il fonctionne comme un appareil intégré à l’ordre bourgeois, sans ancrage organique dans la classe laborieuse ni dans ses structures de lutte. Sa pratique néolibérale du pouvoir s’est traduite par une recomposition de sa base sociale, avec le recul de l’identification démocrate chez les non-diplômés et sa progression parmi les diplômés du supérieur (voir Figure 2).
Figure 2 : L’évolution de l’identification au Parti démocrate

Dans un tel bain sociologique, la possibilité réelle d’infléchir le parti vers une ligne de rupture apparaît minimale, et les risques de récupération, maximaux. Il serait illusoire de croire qu’un homme ou un courant politique puisse infiltrer un parti sans subir en retour sa propre force d’attraction. Ce n’est pas un hasard si les milieux radicaux affublent le Parti démocrate du surnom de « cimetière des mouvements sociaux ». Il est certainement l’organisation électorale la plus puissante du monde occidental, et la plus parfaitement calibrée pour étouffer ou récupérer à son compte toute opposition.
Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder le sort des prédécesseurs de Mamdani, de Bernie Sanders en 2016 à Alexandria Ocasio-Cortez en 2019. Après avoir promis de renverser l’appareil démocrate de l’intérieur, tous ont fini par défendre la présidence Biden, au point de ne même pas contester son successeur, Kamala Harris, quand l’octogénaire s’est finalement mis en retrait. Tous ont remisé leurs discours incendiaires dans l’espoir d’arracher un fragment d’influence politique sur l’administration démocrate. Le génocide du peuple palestinien a été l’occasion de voir les leaders de cette aile gauche s’aligner sans résistance sur les livraisons d’armes à Israël au motif que celles-ci ne seraient que « défensives ».
Les DSA, parti de rupture ou coquille vide ?
Il est vrai que Mamdani n’est pas à proprement parler démocrate, il appartient à une autre formation : les Democratic Socialists of America (DSA).
Sur le terrain programmatique, les DSA portent un corpus solide : semaine de 32 heures, gratuité des soins et de l’éducation, démilitarisation et sortie de l’OTAN. Beaucoup y trouveront leur compte.
Du point de vue organisationnel, le parti connaît une croissance exponentielle depuis la campagne de Bernie Sanders en 2016, durant laquelle le sénateur du Vermont s’était présenté comme « socialiste démocrate », une étiquette jusque-là marquée du sceau du tabou. En une décennie, ce qui relevait du groupuscule s’est rapproché d’une organisation de masse : les effectifs sont passés de 6 000 à 100 000 membres, avec une implantation très forte dans les villes de Portland, Saint-Louis, et bien sûr New York, qui compte à elle seule quelque 15 000 militants.
Le problème, c’est que les DSA n’ont pas grand-chose d’un parti indépendant. Ils agissent dans les faits comme une tendance du Parti démocrate cherchant à l’orienter à gauche. Leur action électorale consiste surtout à accorder leur investiture à des candidats démocrates en échange de quelques promesses sociales. Les rares candidats présentés sous bannière DSA le sont dans le cadre de primaires démocrates, ce qui les incite à modérer leur rhétorique, voire à gommer toute référence aux DSA pour plaire à cet électorat bien plus âgé, politisé et aisé que la population générale[15]. Il en résulte que l’organisation demeure largement invisible aux yeux d’électeurs qui ne la rencontrent jamais sous ses propres couleurs.
Les DSA ne manquent jamais une occasion de rappeler qu’ils ont enfanté des personnalités qui sont aujourd’hui des figures de proue de la gauche radicale : Alexandria Ocasio-Cortez au Congrès hier, Zohran Mamdani aujourd’hui. Autant de poulains supposés conquérir de l’intérieur la citadelle démocrate pour la remettre aux démocrates-socialistes. Mais cet attachement ne serait-il pas à sens unique ? Car, depuis son élection, Mamdani ne laisse planer que peu de doute sur son appartenance partisane : il se présente ouvertement comme démocrate et prend de plus en plus ses distances avec sa vieille maison.
Il ne s’investit pas vraiment dans la vie du groupe, sa dernière présence à un rassemblement des DSA remonte à novembre 2025. Il y était venu pour s’opposer à la candidature DSA de Chi Ossé – une figure du mouvement Black Lives Matter – à la primaire démocrate des midterms, et pour défendre à sa place celle de Hakeem Jeffries, une tête de pont de l’aile droite du parti, qui avait refusé de soutenir Mamdani après la primaire de New York[16].
Le scénario s’est reproduit plus récemment lorsque Mamdani a apporté son soutien à la gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, une démocrate elle aussi plus conservatrice que progressiste, dont il avait lui-même dénoncé deux ans plus tôt la politique comme une « pâle copie du Parti républicain ». Ce soutien a donné lieu à une séquence révélatrice où la section new-yorkaise des DSA, tout en condamnant la politique austéritaire de Hochul, n’a ni rappelé à l’ordre « son » maire ni appelé à investir un candidat contre elle[17].
Encore une fois, ces revirements ne sont pas en eux-mêmes des trahisons pures et simples, ils sont concédés dans l’espoir d’obtenir la coopération des notables démocrates dont dépendent directement les réformes de Mamdani.
Mais quelle qu’en soit l’intention, ces décisions vont à rebours de toute stratégie d’autonomisation des DSA, qui se retrouvent fatalement réduits à l’état de véhicule électoral au service des démocrates et de Mamdani lui-même. On peut s’interroger sur la crédibilité d’une organisation incapable de contrôler un élu qu’elle investit, au point de renoncer à toute ambition à l’échelle, pourtant bien plus décisive, de l’État de New York pour ménager un simple maire. En l’état, ce « socialisme dans une seule mairie » reste donc condamné à rester sous la tutelle d’un gouverneur démocrate.
L’exploit de Mamdani à l’échelle de la ville était parfaitement réplicable à celle de l’État. Le terrain y était tout aussi favorable, un sondage avait montré que 55 % des démocrates de l’État se revendiquaient socialistes contre seulement 47 % dans la seule ville, de quoi donner du grain à moudre à un potentiel candidat DSA[18]. La victoire à la primaire de Bernie Sanders en 2016 dans les comtés en dehors de l’agglomération new-yorkaise avait montré qu’une gauche de rupture pouvait y trouver un écho certain – pourvu qu’elle daigne se présenter.
Figure 3 : Carte électorale de la primaire démocrate de 2016 dans l’État de New York[19]

Mamdani n’est pas le premier à prendre ses distances avec les DSA après avoir été porté au pouvoir. En 2024, l’autre figure du mouvement, Alexandria Ocasio-Cortez (AOC), avait elle aussi franchi le Rubicon en assimilant antisionisme et antisémitisme, rompant avec la position propalestinienne de l’organisation. Le comité local des DSA avait finalement décidé de ne pas renouveler son investiture, mais trop tard : forte de sa notoriété, la représentante du Bronx n’avait plus besoin des DSA, qui ne lui opposèrent aucun candidat[20].
La question de l’autonomisation des élus par rapport à leurs organisations n’a rien d’insoluble. Il y a toujours eu d’habiles politiciens pour se réclamer du socialisme avant de s’en distancier une fois en poste, histoire de garder les mains libres. Le cas emblématique est celui d’Alexandre Millerand, député socialiste qui accepta en 1899 de rejoindre le gouvernement aux côtés du général Galliffet, l’un des bourreaux de la Commune de Paris.
Paul Lafargue dénonçait ces socialistes « indépendants », le plus souvent des figures charismatiques qui, refusant toute forme d’allégeance partisane, finissaient par se muer en notables parlementaires, coupés de leur base[21]. La réponse à cette contradiction est venue de Lénine et des partis communistes dans le modèle du « centralisme démocratique », un type d’organisation qui concentre le pouvoir de décision dans les instances nationales et impose à tous, élus comme militants, l’obéissance aux décisions prises à la majorité[22].
Dans un parti régi par de telles règles de discipline, Mamdani ne disposerait pas de la liberté de choisir quand (et s’)il se présente aux réunions en fonction de son intérêt personnel : sa présence aux instances serait obligatoire. Il n’aurait pas davantage la possibilité de recycler les élites démocrates dans son équipe municipale : le parti aurait imposé la liste de ses collaborateurs en amont de l’élection. Enfin, il n’aurait pas le loisir de faire le tri parmi les engagements pris pendant la campagne : en cas de violation grave, le parti le dénoncerait publiquement et préparerait immédiatement sa succession.
Plus proche de nous, la campagne municipale de la France insoumise a offert un exemple concret de stratégie anti-opportuniste, à travers l’intervention de la direction nationale dans la composition des listes afin de contenir, en amont, les velléités d’autonomisation des élus.
L’entrisme, maladie infantile de la gauche post-néolibérale ?
La stratégie entriste dépasse les frontières américaines, elle s’inscrit dans un processus de recomposition de la gauche occidentale, qui approche aujourd’hui de son terme.
Elle est née d’une réaction à la conversion au néolibéralisme des partis sociaux-démocrates dans les années 1970 et 1980. Pour des générations de militants radicaux, la reconquête de ces structures politiques historiques de la classe ouvrière apparaissait comme le préalable indispensable à toute contre-attaque contre le capitalisme[23].
Il est une idée récurrente selon laquelle le Parti démocrate n’aurait rien à voir avec la gauche en France. C’est un cliché commode, mais qui n’a d’autre effet que de nous rassurer sur l’exceptionnalité supposée de la gauche française. Le Parti démocrate ressemble à bien des égards au Parti socialiste d’avant Macron. On le mesure non seulement à ses reniements lorsqu’il accède au pouvoir, mais aussi à un fonctionnement interne qui permet à une direction acquise au néolibéralisme d’organiser son opposition interne pour mieux cadenasser l’espace politique à sa gauche.
Dans ces deux partis, on pouvait trouver une frange radicale contestant frontalement la ligne dominante sans jamais parvenir à la renverser. Cette minorité joue un rôle fonctionnel : celui de chiffon rouge brandi pour attirer des électeurs plus radicaux et les détourner d’autres organisations en rupture avec l’ordre néolibéral.
Le scénario est toujours à peu près le même : le parti organise une primaire ou un congrès, la direction triomphe, ses opposants sont neutralisés. Ceux-ci restent dans le parti, renoncent à toute candidature autonome et finissent, à contre-cœur, par faire campagne pour le vainqueur.
On en trouve un exemple dans la primaire de 2016 : la candidature de Sanders a permis au Parti démocrate de capter un immense électorat indépendant acquis au sénateur du Vermont tandis que Clinton bénéficiait surtout du soutien des démocrates enregistrés[24]. La primaire a fonctionné comme un filtre empêchant qu’une offre hors du consensus néolibéral soit directement soumise à l’ensemble de l’électorat présidentiel – et non aux seuls sympathisants démocrates. Les sondages de l’époque donnaient pourtant une avance de 12 % à Sanders en cas de face-à-face avec Trump, contre seulement 4 % pour Clinton[25].
Au Parti socialiste, l’un de ces tigres de papier portait le nom de Jean-Luc Mélenchon. Le tribun insoumis fut pendant les décennies 1990 et 2000 une des têtes de l’aile gauche solférinienne, luttant ardemment congrès après congrès pour imposer une ligne de rupture sans jamais y parvenir. L’aile gauche avait accompli avec brio le rôle qui lui avait été dévolu par la direction, celui de cadenasser l’espace politique à sa gauche et de prévenir toute hémorragie militante vers des formations plus radicales. Il n’y avait guère que les candidats trotskystes pour accueillir les déçus du parti à la rose aux présidentielles[26].
Dans les deux cas, la direction n’hésite pas à recourir au subterfuge pour remporter la partie. En 2016, le DNC – le Comité national chargé de la primaire démocrate – avait ainsi réduit le calendrier des débats au minimum pour contenir l’ascension de Sanders. Sa présidente fut elle-même prise en flagrant délit de favoritisme envers Hillary Clinton, à qui elle avait transmis en avance les questions du débat[27]. Un acte qui a été sévèrement sanctionné puisque l’intéressée a démissionné le lendemain même pour prendre aussitôt la tête de la campagne de Clinton.
Au Parti socialiste, l’opposition était contrôlée à l’occasion des congrès. Une partie des détracteurs rejoignait d’emblée la motion majoritaire car celle-ci garantissait des positions électorales et dans la direction[28]. Le reste de l’opposition était neutralisée par la pratique de la synthèse, qui assurait aux leaders des motions minoritaires une représentation dans les instances. Il y avait donc bien une forme de pluralisme dans le parti, mais son expression restait en dernière analyse réservée aux cadres de l’appareil, qui pouvaient parfois privilégier leurs positions personnelles aux dépens de leurs militants[29].
Quand l’aile gauche prend le parti, son destin n’est guère plus enviable, les cas Hamon et Corbyn au Royaume-Uni montrent que le sursaut militant ne suffit pas à redresser un appareil partisan compromis par le néolibéralisme[30]. Tous deux ont payé le prix d’une stratégie de conciliation consistant à amadouer les éléments néolibéraux plutôt qu’à les expulser, ce qui a permis à ces derniers de reprendre le contrôle à la première déconvenue.
Il faut tout de même reconnaître à l’entrisme états-unien le mérite d’avoir réhabilité les idées socialistes dans un pays où elles avaient été réprimées et marginalisées, chose que les partis socialistes préexistants n’avaient pas réussi à faire[31]. La question n’est plus de savoir si cette stratégie a été efficace, mais si elle n’a pas atteint son plafond de verre.
Même aux États-Unis, le bipartisme peut – et doit – être brisé
Dans la dernière décennie, le cycle de l’entrisme est entré en crise. Les cas de scissions des courants radicaux vis-à-vis des partis de gauche traditionnels se multiplient[32], et les organisations qu’ils fondent rencontrent un succès certain, y compris dans des circonstances comparables à celles des États-Unis.
L’ascension de la France insoumise est une illustration remarquable de la manière dont la construction d’une force de gauche radicale autonome permet la remobilisation des couches de la population désabusées par la compromission des partis sociaux-démocrates. Ce succès a montré qu’une machine électorale aussi titanesque que le Parti socialiste peut être renversée par une organisation bien plus modeste, dès lors qu’un travail de conscientisation est mené – quand Mélenchon quitte le PS en 2008, il n’emporte qu’une poignée de militants.
Contrairement à ce que soutiennent les chantres de l’entrisme au sein du Parti démocrate, le mode de scrutin à un seul tour ne fait absolument pas des États-Unis un cas d’exception. Celui-ci est également en vigueur en Amérique latine, ce qui n’a en rien empêché des forces de gauche radicale d’arriver au pouvoir : Chávez au Venezuela et Andrés Manuel Lopez Obrador au Mexique ont été élus et ont obtenu des majorités parlementaires dans des scrutins à un seul tour. La logique est même inversée, ces leaders n’ont pu s’imposer qu’en construisant des organisations de masse opposées au système bipartisan en place, et non en cherchant à réorienter les formations existantes de l’intérieur.
La question de l’autonomie des partis importe moins par leur ligne politique que par les classes sociales qu’ils incarnent et dont ils sont l’instrument d’expression politique. C’est cette idée qui motivait Marx et Engels à mettre un point d’honneur à ce que la classe ouvrière dispose dans chaque pays d’une organisation politique qui ne soit jamais dissoute dans les organisations bourgeoises. Le « parti communiste » du Manifeste était avant tout un parti ouvrier, tout comme les partis de gauche radicale actuels sont – ou sont appelés à devenir – des émanations du salariat généralisé[33].
Sur le papier, les DSA en conviennent et le clament à longueur de communiqués : il faut travailler à fonder un vrai parti indépendant des démocrates… Mais pas tout de suite et certainement pas dans une situation où diviser les voix aboutirait à une victoire républicaine ! Les connaisseurs reconnaîtront l’éternel effet spoiler[34].
Concéder le terrain électoral à un parti bourgeois comme l’est le Parti démocrate revient à renoncer à l’une des principales arènes où se forme la conscience de classe du salariat. L’objectif d’une candidature indépendante n’est pas la victoire immédiate, mais de donner une existence publique à une ligne de rupture. Marx et Engels le formulaient nettement :
« Même là où il n’y a pas la moindre chance de succès, les ouvriers doivent présenter leurs propres candidats, afin de sauvegarder leur indépendance, de dénombrer leurs forces et de faire connaître publiquement leur position révolutionnaire et les points de vue de leur parti. Ils ne doivent pas en l’occurrence se laisser séduire par la phraséologie des démocrates prétendant, par exemple, que l’on risque de la sorte de diviser le parti démocratique et d’offrir à la réaction la possibilité de la victoire. Toutes ces phrases ne poursuivent finalement qu’un but : mystifier le prolétariat. »[35]
Quelle confiance le salariat peut-il accorder à ceux qui prétendent le représenter mais refusent de lui faire face, et ne s’adressent à lui qu’à travers le filtre d’un parti institutionnel et de ses primaires ? Comment pourrait-il voir dans les DSA autre chose qu’une force d’appoint au service des démocrates ?
La scission est un exercice pénible, il exige de résister à la tentation de la victoire facile que pourrait obtenir un candidat DSA sous investiture démocrate et d’accepter que la construction d’une force autonome puisse prendre du temps. Il aura fallu neuf années à Jean-Luc Mélenchon pour bâtir une force capable de l’emporter. Au Brésil et en Uruguay, ce travail s’est étalé sur des décennies. En contraste, les DSA partent d’une base très favorable avec leur implantation militante et leur conquête de New York.
Toute élection, qu’elle soit gagnante ou perdante, est un moment formateur dans la conscientisation des masses. Pour cette raison, la victoire d’un parti de droite à cause de la présence de la gauche de rupture sera toujours préférable à son effacement derrière la gauche bourgeoise. Le maintien de la liste conduite par Sophia Chikirou à la municipale de Paris dans une situation où le PS a refusé tout accord honorable au second tour, n’offrant aux Insoumis ni représentation au conseil municipal ni autre perspective que le retrait pur et simple, en fournit une application pratique[36].
L’idée qu’une victoire électorale débouche nécessairement sur une avancée dans la lutte de classe est contredite par les faits. Les plus grandes avancées sociales conquises par le salariat l’ont été pendant les « trente glorieuses », sous des gouvernements de droite. À l’inverse, le règne des gauches institutionnelles a souvent précipité le recul du salariat face à la classe capitaliste en diluant son énergie. Les victoires de Hollande ou Biden ont été tout sauf des victoires du salariat, là où les défaites de Jean-Luc Mélenchon ou de Bernie Sanders ont été des moments fondateurs pour bâtir une voie alternative au néolibéralisme.
Surmonter la peur de l’effet spoiler
Le dernier point avancé pour justifier l’exceptionnalité du cas états-unien est celui de l’imminence du fascisme. La plupart des militants DSA justifient leur ralliement aux démocrates par l’urgence absolue de faire obstacle à Trump et à ses affidés dans les urnes. Pour conjurer cette menace immédiate, beaucoup sont prêts à enfiler eux-mêmes la camisole de l’opportunisme électoral, à sacrifier leur autonomie politique sur l’autel démocrate, pourvu que la menace soit immédiatement conjurée à l’élection qui vient.
Il est vrai que pour les minorités – ethniques, religieuses ou de genre – l’arrivée au pouvoir d’un trumpiste, peu importe l’échelon territorial, est une menace imminente sur les composantes de base de leurs conditions matérielles d’existence.
Mais le refus d’envisager des candidatures indépendantes montre que les DSA restent, dans la pratique, prisonniers de l’idée que la bataille électorale face au trumpisme ne peut se gagner que par le centre et que leur action devrait en conséquence se limiter à tirer ce centre un peu plus vers sa gauche. La défense des minorités se retrouve ainsi indûment opposée à l’indépendance de classe.
Cette attitude joue tout droit dans la politique de l’identité appliquée depuis des décennies par le Parti démocrate : pour compenser l’impopularité de son libéralisme économique, celui-ci a noué des liens privilégiés avec les minorités de genre et de race en se posant en garant des droits reproductifs des femmes et des politiques contre les discriminations raciales. C’est bien en se plaçant comme seul bouclier à même de protéger les minorités du péril fasciste imminent que Clinton a pu vaincre Sanders aux primaires de 2016 en s’appuyant sur le vote massif des femmes et des Afro-Américains[37].
Dans un pays où la crise du capitalisme s’accentue année après année, la politique de l’identité s’effondre sous les coups de boutoir du trumpisme. Elle est apparue pour ce qu’elle est réellement : un écran de fumée, dont le seul objectif est de maintenir résolument intact le cycle du néolibéralisme. L’intensification des contradictions du capitalisme et les souffrances qu’il engendre sont telles que même les minorités ciblées par la politique de l’identité se mettent à déserter le camp démocrate (voir Figure 4). Les dernières élections ont même donné à voir le ralliement de la majorité des Hispaniques au pacte racial de Trump.
Figure 4 : L’identification au Parti démocrate selon l’appartenance ethnique

On répète à l’envi que l’électorat états-unien n’a pas le luxe du choix, qu’il doit voter stratégiquement, choisir le moindre mal à chaque opportunité pour protéger ses éléments marginalisés ou son système démocratique. Mais ce moindre mal accumulé à chaque cycle électoral a-t-il réussi à empêcher la destruction progressive des protections juridiques de ces minorités – pensons à l’abolition de l’arrêt « Roe vs Wade » intervenu sous Biden[38] ? Ce répit a-t-il permis un tant soit peu de réorienter le mécontentement général né du régime de pénurie imposé par le capitalisme vers une solution collectiviste plutôt que raciale ?
Que ce soit sous présidence démocrate ou trumpiste, seule la mobilisation sociale et politique de masse permettra d’établir le rapport de force nécessaire à la sauvegarde de ces droits. Or une telle lutte ne pourra que se retrouver décrédibilisée, contrainte et trahie tant qu’elle n’aura comme seule expression politique le Parti démocrate.
La victoire de Zohran Mamdani achève de démontrer que tout programme de rupture peut récolter un soutien massif, y compris dans le centre névralgique du capitalisme mondial. Son ascension ne change pour autant rien à la tyrannie du bipartisme dont il est devenu l’otage consentant. Son refus – comme celui des DSA – de s’autonomiser des démocrates et de défier ses responsables à tous les échelons conduit à la compromission et à la mise en dépendance politique du salariat vis-à-vis d’une organisation étrangère à ses intérêts.
La construction d’un troisième parti est une nécessité pour la diffusion de la conscience de classe et la massification des luttes. Plus encore, elle est un devoir des militants outre-Atlantique vis-à-vis de tous ceux qui subissent l’ordre impérial imposé depuis Washington, qu’il soit régenté par un président démocrate ou républicain.
[1]Les montants évoqués ne correspondent pas aux dépenses engagées par les campagnes officielles des candidats, plafonnées à 12 millions de dollars, mais aux financements mobilisés par des groupes indépendants (independent expenditures), destinés à soutenir ou à dénigrer l’un ou l’autre des prétendants. Pour une explication plus complète, voir : Smith, Greg B. « Cuomo Backers Burned $65 Per Vote, Including $13.3 Million From Bloomberg ». THE CITY – NYC News, 6 novembre 2025, https://www.thecity.nyc/2025/11/06/cuomo-mamdani-bloomberg-attack-ads
[2] Helmore, Edward. « Mamdani Says He Won’t Use ‘Globalize the Intifada’ amid Backlash. » The Guardian, 16 juillet 2025. US News. The Guardian, https://www.theguardian.com/us-news/2025/jul/16/zohran-mamdani-israel-gaza-intifada
[3] Précisons que l’interdiction de ces événements relève bien des compétences municipales. Ceux-ci organisant un filtrage à l’entrée de la clientèle afin d’interdire tout accès des potentiels acheteurs non juifs, ce qui constitue de fait une forme de discrimination raciale et religieuse tombant sous le coup des lois fédérales et locales. À ce sujet, voir Stolen Land, Stolen Futures: The Legal and Ethical Costs of Israeli Land Sale Events. https://www.palestinepolicy.org/news/stolen-land-stolen-futures-the-legal-and-ethical-costs-of-israeli-land-sale-events
[4] « Mamdani Administration Tracker ». New York Building Congress, https://buildingcongress.com/news-item/mamdani-administration-tracker/
[5] Stack, Liam, et Nate Schweber. « Mamdani Condemns Slurs and Pro-Hamas Chant at Heated Queens Protest ». The New York Times, 9 janvier 2026, https://www.nytimes.com/2026/01/09/nyregion/mamdani-hamas-israel-gaza-protest.html
[6]Senzamici, Peter, et al. “Zohran Mamdani Fights $10B Housing Voucher Expansion in U-Turn from Campaign Promise.” New York Post, 25 mars 2026, https://nypost.com/2026/03/25/us-news/zohran-mamdani-fights-10b-housing-voucher-expansion-in-u-turn-from-campaign-promise/
[7]New York City Independent Budget Office. Analysis of the November 2025 Financial Plan Fiscal Years 2026–2029,17 décembre 2025. https://www.ibo.nyc.gov/content/publications/2025-december-analysis-of-the-november-2025-financial-plan
[8] « Platform ». Zohran for NYC, https://www.zohranfornyc.com/platform
[9] Luxemburg, R. (1959). Réforme sociale ou révolution. Editions en langues étrangères.
[10]Sommerfeldt, Chris, et Joe Anuta. “Mamdani Floats Increasing New York City Property Taxes as Part of $127B Budget Plan.” Politico, 17 février 2026, https://www.politico.com/news/2026/02/17/mamdani-new-york-city-property-taxes-budget-00784077
[11] Featherstone, Liza. “Kathy Hochul Is a Good Problem for Zohran Mamdani to Have.” Jacobin, https://jacobin.com/2026/02/hochul-mamdani-nyc-endorsement-left
[12] Hoff, James Dennis. « The Problem with Municipal Socialism: A Response to Liza Featherstone ». Left Voice, 17 février 2026, https://www.leftvoice.org/the-problem-with-municipal-socialism-a-response-to-liza-featherstone/
[13] Pour un résumé de l’influence des modes de scrutin sur le système partisan, lire : Lijphart, A. (1999). Electoral systems: majority and plurality methods versus proportional representation. Patterns of Democracy.(New Haven: Yale University Press, 2012), 130-157.
[14] Lénine voulait porter les travaillistes britanniques au pouvoir pour la première fois, en misant sur une compromission réformiste de leur part pour ramener les électeurs déçus dans le giron communiste. Voir : Lenin, V. I. (1962). La maladie infantile du communisme : le gauchisme (Vol. 61). Union générale d’éditions.
[15] Les campagnes menées lors des primaires ciblent en particulier les “Triple Prime” voters, c’est-à-dire les électeurs qui ont déjà voté lors des trois dernières primaires démocrates. Voir V, David. « New Opportunities in New York for Escaping the Triple Prime Voter Trap ». The Call, 7 décembre 2024, https://socialistcall.com/2024/12/07/fusion-voting-general-election-campaigns-dsa/
[16] « Mamdani Urges D.S.A. Not to Endorse a Challenger to Jeffries ». The New York Times, 20 novembre 2025., https://www.nytimes.com/2025/11/20/nyregion/mamdani-osse-dsa-endorsement.html
[17] Reisman, Nick. “Why the Left Decided to Embrace, and Not Fight, Kathy Hochul.” Politico, 6 février 2026, https://www.politico.com/news/2026/02/06/why-the-left-decided-to-embrace-and-not-fight-kathy-hochul-00769785
[18]Jesse Arm, « Blue City, Purple State? New York Poll Shows Mamdani Ahead, Despite Unpopular Agenda; Stefanik Leads Democrats Statewide ». Manhattan Institute, 28 octobre 2025, https://manhattan.institute/article/blue-city-purple-state-New York-poll-shows-mamdani-ahead-despite-unpopular-agenda-stefanik-leads-democrats-statewide
[19] « New York Primary Election Results 2016 ». The New York Times, 29 septembre 2016, https://www.nytimes.com/elections/2016/results/primaries/new-york
[20]« Endorsement of Ocasio-Cortez ». The New York Times, 11 juillet 2024, https://www.nytimes.com/2024/07/11/us/politics/aoc-dsa-endorsement.html
[21] Lafargue, P. (1899). Le socialisme et la conquête des pouvoirs publics, Paris, Imprimerie ouvrière.
[22] Pour rester en poste, le « notable rouge » devait entretenir des liens étroits avec le parti et son association d’élus, ces contraintes limitaient sa possibilité de constituer une baronnie personnelle. Voir : Boulland, P. (2019). Autonomisation et contrôle des élus communistes en banlieue parisienne (1944-1965). Les territoires du communisme.
[23] Gérard Filoche, qui fut certainement le plus infatigable partisan de l’entrisme solférinien – il ne partira qu’en 2017 – qualifie le PS de « parti-ouvrier-bourgeois » qu’il faudrait rendre à sa nature de classe. Voir : Filoche, Gérard. Mai 1968 : Une histoire sans fin, t. II : 1994-2017, Les années PS. Atalante, 2022.
[24]Hopkins, Dan. « Why Sanders Does Better With Independents ». FiveThirtyEight, 18 avril 2016, https://fivethirtyeight.com/features/why-sanders-does-better-with-independents/
[25]Chalabi, Mona. « Bernie Sanders Would Have Beaten Donald Trump? Not so Fast ». The Guardian, 15 novembre 2016, https://www.theguardian.com/us-news/2016/nov/15/bernie-sanders-donald-trump-election
[26] L’exemple du Parti socialiste illustre bien les formes plus ou moins spontanées de l’entrisme. On y trouvait à la fois de véritables opérations d’infiltration de la part de groupuscules trotskystes mais aussi l’accueil individuel de jeunes militants radicaux pour qui le PS constituait le premier lieu d’engagement politique.
[27] Klein, Ezra. « Was the Democratic Primary Rigged? » Vox, 14 novembre 2017, https://www.vox.com/policy-and-politics/2017/11/14/16640082/donna-brazile-warren-bernie-sanders-democratic-primary-rigged
[28] Au congrès du Mans de 2005, qui fut le plus disputé, la motion majoritaire menée par Hollande était une coalition hétéroclite réunissant les courants Strauss Kahniens, Hollandistes et Aubrystes
[29] Barboni, T. (2008). Les changements d’une organisation. Le Parti socialiste, entre configuration partisane et cartellisation (1971-2007) [Thèse de doctorat, Université Panthéon-Sorbonne – Paris I]. TEL.
[30] « Présidentielle 2017 : Benoît Hamon trahi de tous les côtés ». RTL.fr, 29 mars 2017, https://www.rtl.fr/actu/politique/presidentielle-2017-benoit-hamon-trahi-de-tous-les-cotes-7787853549
[31] L’ascension des DSA peut être comparée au succès plus relatif du Party for Socialism and Liberation qui a lui misé sur une stratégie électorale d’indépendance totale avant d’avoir la masse critique suffisante.
[32] Le dernier venu de cette famille est le Your Party fondé par Jeremy Corbyn fin 2025.
[33] Marx, K., & Engels, F. (2024). Manifeste du parti communiste. Flammarion.
[34]Cette direction a été réaffirmée lors de la dernière Convention nationale des DSA. Voir : Ries, Curt. « Discipline vs. Growth and the Contradictions of Party-Building ». The Call, 17 octobre 2025, https://socialistcall.com/2025/10/16/discipline-vs-growth-and-the-contradictions-of-party-building/
[35] Marx, K., & Engels, F. (1850). Adresse du Comité central à la Ligue des communistes.
[36] Au contraire, la dénomination de ces accords au second tour comme des « fusions techniques » a permis de maintenir la ligne de démarcation entre les deux partis tout en captant les bénéfices électoraux du mode de scrutin.
[37] « In Clinton’s March to Nomination, Many Democrats Changed Their Minds ». Pew Research Center, 25 juillet 2016, https://www.pewresearch.org/politics/2016/07/25/in-clintons-march-to-nomination-many-democrats-changed-their-minds/
[38] Cet arrêt, adopté en 1973, accordait aux femmes le droit d’avorter dans tout le pays.